11 novembre 2020
Dossier de la rue Saint-Georges
Le maire Yves Corriveau a détruit des preuves
Par: Denis Bélanger

Le maire Yves Corriveau Photothèque | L’Œil Régional ©

À l’été 2019, le maire Yves Corriveau a effacé des échanges de courriels et de messageries textes avec le promoteur immobilier derrière le projet de la rue Saint-Georges, Steve Richard d’Odacité. L’information a été confirmée publiquement à la séance publique du conseil municipal du 2 novembre.

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M. Corriveau a effacé les messages du téléphone cellulaire, qui appartient à la Ville, tout juste après avoir reçu un texto de M. Richard. La scène se passait chez lui, tout juste après son voyage controversé au Burundi, lequel a mené à l’éclatement de son parti politique. « J’étais à terre. Je ne me souviens pas du contenu exact du message. Mais j’en avais assez, je me suis dit que la controverse, ça va faire. J’ai demandé à Steve d’arrêter de m’écrire », a-t-il rapporté en entrevue à L’Œil Régional.

Quelques jours après avoir effacé les messages, le directeur général de la Ville a avisé M. Corriveau de conserver tous ses messages, car il y avait une possibilité que les avocats de l’épicerie Metro les demandent dans le cadre de la poursuite initiée par ce dernier contre la Ville et Odacité. Les textos n’ont jamais pu être récupérés. L’élu assure qu’il n’avait rien à cacher et qu’il envoyait des textos seulement pour informer le promoteur. « C’est une chasse aux sorcières qu’on fait. On tente de démontrer que j’étais de connivence avec Bernard Pepin [des Marchés Pepin] et Odacité. Je n’ai fait que ma job. Est-ce que j’ai accompagné ce projet plus qu’un autre? Oui, car il me fascinait. »

Il a été toutefois admis que M. Corriveau avait écrit dans un message « On va les avoir les Riendeau », en parlant des propriétaires des Metro de la région. « Je l’ai dit sous la colère. Je trouvais inacceptable que Metro travaille à faire perdre tant d’emplois à Mont-Saint-Hilaire. »

Le maire ne peut expliquer précisément comment il en est venu à effacer des messages par courriel. Ces derniers ont pu être récupérés grâce à l’embauche d’une firme. « J’ai des milliers de courriels que j’efface régulièrement, comme toute la publicité qu’on reçoit. Le directeur général m’a dit à un moment donné de ne plus toucher à rien et de les informer. »
Steve Richard n’a pas voulu commenter ces informations puisque son projet axé autour du déménagement de l’IGA Pepin est tombé à l’eau.

Deuxième interrogatoire
C’est le citoyen Pierre Nault, président de l’Association des citoyens de Mont-Saint-Hilaire, qui a informé les avocats de Metro sur la destruction des données. Il a signé une déclaration indiquant avoir colligé de l’information sur le sujet à la suite de discussions avec trois conseillers municipaux, Louis Toner, Emile Grenon Gilbert et Brigitte Minier. Brigitte Minier avait notamment vu un texto sur le téléphone du maire quand elle l’avait remplacé durant son voyage au Burundi et l’a notamment communiqué à M. Nault. De son côté, Louis Toner affirme que M. Nault avait pas mal d’information quand il l’a approché pour ce dossier. « Ce n’était que pour spécifier certaines choses. » Emile Grenon Gilbert nie de son côté avoir parlé à Pierre Nault et qu’il n’avait aucun intérêt à le faire.

L’intervention de M. Nault a mené le maire Yves Corriveau à être interrogé une deuxième fois le 17 août dernier par les avocats de Metro ainsi que l’Eau Vive et Le Pain dans les Voiles, qui se sont ajoutés à la poursuite en cours de route.

Le maire Yves Corriveau a envoyé une plainte à la Commission municipale du Québec contre des élus, mais elle n’a pas été retenue. Le maire ne se souvient pas si la plainte concernait les trois élus en question, deux d’entre eux ou un seul.

M. Corriveau estime que leur geste a coûté des milliers de dollars à la Municipalité et qu’ils avaient brisé la confidentialité du comité plénier dans lequel il avait informé les élus des messages effacés. Attaqué sur ce point à la séance du conseil du 2 novembre par le maire, Louis Toner a avancé que les gestes répréhensibles n’étaient pas confidentiels. Les autres conseillers n’ont toutefois pas pris la parole durant cet échange. « Nous croyons que M. Corriveau devait répondre de ses actes par lui-même. Il est clair que les membres du conseil n’appuient pas de tels actes ou propos », ont-ils écrit conjointement dans une réponse envoyée au journaliste.

Le procès de la rue Saint-Georges
Les procédures judiciaires sont toujours en cours même si Odacité n’est plus propriétaire des terrains qui auraient accueilli le projet et que le IGA Pepin déménagera finalement sur la 116 au lieu de la rue Saint-Georges.

Le procès ne s’est toutefois pas amorcé comme prévu le 2 novembre. « Les parties sont engagées dans des discussions de règlement qui doivent demeurer confidentielles pour le moment », a informé la porte-parole de la Ville, Julie Benjamin.

 

 

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