2 avril 2020
La pause
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

La semaine dernière, j’écrivais Le préambule, une première chronique sur le coronavirus. Je parlais de la semaine des sourires. La semaine des congés, du leader qui rassure. La semaine de la pause pour plusieurs. Eh bien, la semaine de la pause, elle commence pour vrai cette semaine.

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Je souhaitais en fin de chronique que ce sentiment de fierté québé- coise et de calme perdure. Déjà, on sent que l’ambiance s’effrite. D’abord, on ne parle plus que de virus. Toutes les discussions sont orientées; le virus s’est imbriqué non seulement dans notre santé, mais dans notre économie, dans notre parler, dans nos relations humaines.
Et ce qui devait arriver arriva. Le calme a laissé place à l’anxiété.
Les files d’attente dans les commerces, les craintes de la perte d’emploi. La crainte de garder son emploi, mais sans clients. Le stress d’être mobilisé hors de son lieu habituel de travail pour aller appuyer l’effort de guerre. La peur que la SAQ ferme ses portes nous forçant à boire de l’alcool d’épicerie. Ça, c’est non, not on my watch.
Mais nous savons tous que le calme inspire le calme. Pas pour rien que François Legault a choisi ce ton calme, rassurant. Au point où 94 % des Québécois sont derrière lui. Wow, c’est… quelque chose. Dans une démocratie, c’est stupéfiant. Mais en temps de crise, l’humain se cherche toujours des héros.
J’ai donc décidé de garder ce ton aussi. Il teinte mon entourage, je le sens. Je veux mes enfants en vacances, pas en peur de rater leur année scolaire. Je veux aussi la famille calme, et non pas inquiète des revenus. Gérons la crise, nous recollerons les pots cassés après.
Inévitablement, cet esprit teinte aussi mon travail et celui de l’équipe. Comment? D’abord, je n’ai pas envie de tomber dans la délation. Tel clown n’a pas lavé ses mains, tel groupe de jeunes ne respecte pas les consignes, tel vieux continue de s’acheter des bananes. Nous recevons ce genre de message au journal et franche- ment, je n’ai pas envie d’y donner suite. Ce n’est pas une question de censure; nous devons toujours faire le choix ou non de publier une info dans la rivière d’info qui se rend à nous. Non, c’est plutôt un angle d’attaque. Si un mauvais comportement se rend à nous, nous le dénoncerons, c’est la nature du travail. Mais notre équipe tente de débusquer les belles histoires. C’est aussi le rôle d’un média local de braquer les projecteurs sur le meilleur d’une communauté. D’être chauvin de notre région, me disait souvent un ancien patron. Des histoires comme ces bénévoles qui persistent devant la crise, de ce restaurateur qui maintient le cap vers une ouverture malgré la tour- mente, de cet autre restaurateur qui donne ses surplus aux banques alimentaires, etc.
De cette belle initiative d’arborer d’arcs-en-ciel nos fenêtres de maisons pour nous pousser à garder le sourire, mouvement initié par les Italiens. Vous avez été nombreux à nous partager sur les réseaux sociaux vos dessins et ça fait du bien de voir un peu de couleur dans cette grisaille. Même notre caricaturiste a traqué son regard corrosif pour sourire un peu. Et moi-même, comme direc- teur de l’information, j’ai le goût de me rendre utile comme ça.
Mais pas d’inquiétude, s’il y a du sable dans l’engrenage, nous allons aussi vous le rapporter.
Bonne quarantaine.

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