19 février 2020
La bonne vitesse
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Le visage tuméfié de Marjorie nous secoue. Notre premier réflexe est de condamner; nous le faisons tous. Cette intersection, Maple et 116, est dangereuse. On doit agir vite.

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Les réseaux sociaux s’emballent ensuite. Ça boucane. On condamne la lenteur, on filme les piétons à l’intersection pour montrer le danger. On s’en prend au ministère. Puis aux élus municipaux.
Mais nous devons garder la tête froide, n’est-ce pas? Je veux dire, est-ce seulement un terrible accident, isolé, ou l’endroit est-il vraiment dangereux? Ne faut-il pas prendre un pas de recul, éviter de sauter aux conclusions, analyser? Ou agir avec célérité devant un problème constaté par tous.
La journée même de l’accident en décembre dernier, un homme m’appelle. Je paraphrase : « J’ai travaillé sur la route toute ma vie; je n’ai jamais vu une intersection comme celle-là. »
Juste cette phrase m’aurait donné le goût d’accélérer le processus au lieu d’y préférer la lenteur.
Car le mot clé ici, c’est « lenteur ».
En avril 2018, dans nos pages, le maire Martin Dulac disait déjà que l’intersection était risquée. Et il n’était pas le premier élu à le souligner. Le conseil précédent avait remarqué le même problème.
On aurait donc dû allumer plus vite au ministère.
Peut-être qu’on aurait dû agir plus vite du côté de la Ville aussi. Car depuis l’accident de la jeune femme, qu’est-ce qui a été fait? Des discussions, certes, c’est bien. On a aussi posé des affiches!
Je fais un aparté sur l’affiche. La semaine dernière, je suivais une femme qui zigzaguait sur l’autoroute 20, vers 8 h le matin, en pleine semaine. Elle roulait à 65 km/h sur l’autoroute et embarquait fréquemment sur l’accotement. En la dépassant, j’ai vu qu’elle textait au volant, le téléphone sur le tableau de bord. Pourtant, l’amende pour texter au volant va de 300 $ à 600 $. Ça n’a pas gêné cette petite futée au volant.
Donc l’affiche sur la 116, on repassera. Je suis persuadé que les habitués du secteur ne la voient même plus. Comme cette affiche « Attention à nos enfants » sur ma rue. Ben oui ben oui, c’est « peut-être le votre » dirait la pancarte, mais tasse-toi, je dois aller porter les enfants à l’école.
Des élus de McMaster ont répondu sur les médias sociaux que la sécurité de l’intersection n’était pas leur responsabilité, mais celle du ministère. Certes, j’en conviens. Ils ne peuvent quand même pas installer une passerelle et une lumière et refiler la facture au ministère…
Mais en même temps… la désobéissance civile revient à la mode en ces temps de blocage de train et de rue. Tsé, un peu d’initiative. Je suis sûr que les élus ont fait de leur mieux. Manque juste un peu de colère, d’urgence.
Anyway, probablement une décision en mars et des actions ensuite. Ça avance; pas assez vite diront certains. Mais ça avance. D’ici là, on se croise les doigts que l’option de la lenteur ait été la bonne!

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