17 mai 2018
Travailler la tête dans les nuages
Par: Karine Guillet
Carl Grant est grutier depuis 11 ans. photo: Gracieuseté

Carl Grant travaille depuis les trois dernières semaines sur le chantier du Réseau Sélection, à Belœil, où il devrait encore s’attarder quelques mois. Il y a d’ailleurs pris ce cliché à 150 pieds. Photos: Gracieuseté Carl Grant

Carl Grant travaille depuis les trois dernières semaines sur le chantier du Réseau Sélection, à Belœil, où il devrait encore s’attarder quelques mois. Il y a d’ailleurs pris ce cliché à 150 pieds. Photos: Gracieuseté Carl Grant

Résident de Saint-Charles-sur-Richelieu, Carl Grant opère des grues depuis 11 ans. Un métier qui l’amène à contempler le monde d’aussi haut que 137 mètres (450 pieds); un métier qui requiert une bonne dose de sang-froid, assure-t-il.

Les grutiers sont appelés à opérer des grues ou des pelles mécaniques pour lever ou déplacer des charges telles que des machines, de l’équipement ou des matériaux. S’il existe plusieurs types de grues, le résident de Saint-Charles-sur-Richelieu opère pour sa part les grues à tour, ces appareils longilignes qui captent assurément l’œil en raison de leur hauteur. M. Grant souligne d’ailleurs que plusieurs observateurs seraient surpris de constater à quel point l’engin peut plier lorsqu’il est chargé, un peu comme un arbre.
«J’ai toujours été quelqu’un qui aimait les moteurs, qui aimait conduire et opérer. C’est une passion, explique M. Grant. J’ai vu une grue et ça a été le déclic», se souvient-il.

Dans la grue?
Du haut de sa tour, c’est d’ailleurs un sentiment de responsabilité qui habite avant tout M. Grant. «Lever des charges, c’est rock and roll. Juste passer des charges en haut de la tête des gens, il y a quelque chose de surnaturel là-dedans», observe-t-il.
En plus d’être un bon conducteur et de savoir attacher des charges, un bon grutier doit aussi parfois être chef d’équipe et avoir une bonne dextérité. «Il faut que tu sois à ton affaire, concentré. Tu n’as pas le droit à l’erreur. Il ne faut pas être une tête folle», dit-il, rappelant qu’il faut être conscient de l’environnement qui l’entoure pour s’assurer que les opérations sont sécuritaires pour les autres travailleurs sur le chantier.
Les conditions peuvent se montrer difficiles. Les grutiers grimpent souvent dans leur engin pour n’en descendre que le soir venu. «Ce sont de longues heures, tu es tout seul dans la cabine. C’est un métier où il y a beaucoup de burn-out. »
L’ennemi numéro un de la grue, c’est avant tout le vent. Un vent trop fort peut d’ailleurs conduire l’opérateur à fermer sa grue. Mais la hauteur permet aussi d’apprécier des scènes d’une impressionnante beauté que M. Grant prend d’ailleurs plaisir à photographier.
Le plus beau paysage qu’il a vu? «Je travaillais dans le Vieux-Port. Il y avait des couchers de soleil et des levers de soleil, c’était super beau avec le reflet de la lune sur l’eau.»

Formation
Un seul centre de formation, de la Commission scolaire des Trois-Lacs, situé à Les Cèdres, offre la formation professionnelle de conduite de grues. Si les entreprises peuvent désormais former elles-mêmes leurs grutiers, une mesure que dénonce l’Union des opérateurs grutiers, M. Grant estime pour sa part que l’école offre un apprentissage inestimable, notamment en enseignant aux aspirants grutiers à déceler bien des pièges. «L’école nous apprend à avoir la bonne attitude. Parfois, il faut être capable de dire non. Il peut y avoir de la pression de la partie patronale, mais il faut être capable de mettre son pied à terre et de dire non quand c’est dangereux.»
Le Québec comptait 1687 grutiers en emploi au Québec en 2016, selon la Commission de la construction du Québec (CCQ). La moyenne d’âge était de 44 ans, alors que 98 % des postes étaient occupés par des hommes. La plus grande portion des grutiers opéraient dans le secteur commercial et institutionnel (47 % des emplois). Les perspectives d’emploi y étaient toutefois limitées.

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