2 décembre 2016
Transmettre l’enseignement des sciences à Haïti
Par: L'Oeil Régional
La devise Pa pèdi tan est inscrite en créole sur le cadran solaire pointé par Jean-Marie Desroches. Choisie par les professeurs, cette devise signifie que le temps perdu ne se rattrape jamais.

La devise Pa pèdi tan est inscrite en créole sur le cadran solaire pointé par Jean-Marie Desroches. Choisie par les professeurs, cette devise signifie que le temps perdu ne se rattrape jamais.

HUMANITAIRE. La passion pour le monde de l’éducation est si grande chez Jean-Marie Desroches qu’il a donné de son temps en Haïti pour accompagner les professeurs dans de nouvelles méthodes plus dynamiques d’enseigner les sciences expérimentales aux jeunes élèves du primaire.

Le résident de Saint-Charles-sur-Richelieu est revenu au Québec le 15 novembre d’un séjour d’un peu plus de deux mois aux Gonaïves, dans le nord du pays. Bien qu’expéditif, son mandat à titre de conseiller volontaire avec le Programme de coopération volontaire (PCV-Haïti), notamment piloté par la Fondation Paul Gérin-Lajoie, s’est avéré une expérience fort enrichissante.

«J’ai eu l’impression d’avoir posé une pierre dans un grand édifice! C’était vraiment stimulant, car je sentais que je les outillais pour leur enseignement. Lorsqu’on a commencé à interagir, les profs se sont dégênés et posaient de vraies questions», se réjouit celui qui a enseigné au Cégep de Drummondville pendant plus de 30 ans.

L’une de ses réalisations est pour le moins surprenante: celle d’un cadran solaire qu’il a installé lui-même sur la façade de l’École fondamentale d’application, dotée d’un centre d’appui pédagogique (ÉFACAP) des Gonaïves. Perché sur une échelle, M. Desroches a du faire preuve de dextérité et de justesse pour que la tige de l’horloge soit parallèle à l’axe de rotation terrestre, sans même l’aide d’une boussole!

Quel était l’objectif ultime de cette manœuvre? « L’idée, ce n’est pas juste de pouvoir lire l’heure, mais c’est un prétexte pour parler de la rotation terrestre. Ils n’avaient jamais vu ça! Ce dont je rêve, c’est que des groupes d’élèves s’y rendent et que les profs leur expliquent», espère M. Desroches.

Éviter le «bourrage de crâne»

La philosophie que préconise le professeur de sciences consiste à transmettre du contenu de façon à favoriser la compréhension plutôt que la mémorisation, une tendance qu’il a remarquée en Haïti. «L’enseignement ne doit pas se faire qu’avec le tableau et la craie. Il faut mettre les enfants en action plutôt que de leur bourrer le crâne. Tout au long de mon mandat, je me suis efforcé de leur fournir des suggestions et des trucs pour rendre l’expérience plus concrète aux élèves».

Au cours des dernières années, le PCV-Haïti a créé des modules destinés à l’enseignement pratique des sciences expérimentales, comprenant des volets sur les plantes, les éléments, le corps humain, les animaux et leurs interactions. Ces documents servent de guide pour les enseignants qui, très souvent, n’ont pas reçu toute la formation nécessaire pour exercer leur métier. «Même s’ils ne réussissent pas à tout expliquer aux enfants, ils doivent avoir une bonne vision et comprendre la matière à un niveau plus poussé», espère le professeur.

D’ailleurs, M. Desroches a travaillé à l’amélioration des documents avec une collègue coopérante basée à Port-au-Prince durant le passage de l’ouragan Matthew, en octobre. La capitale et Les Gonaïves ont été épargnées par la tempête dévastatrice. Alors, durant les heures interminables de pluie, ils ont consacré leur temps sur ce projet dans l’espoir que ces documents soient officiellement homologués et diffusés par le ministère de l’Éducation, ce qui donnerait un bon coup de pouce aux professeurs à travers le pays.

M. Desroches n’en est pas à son premier mandat en coopération internationale, lui qui a déjà passé six mois au Mali pour renforcer les capacités d’une école d’optométrie avec sa conjointe. Et ce projet en Haïti, confesse-t-il, lui a donné le goût de se lancer dans d’autres aventures pédagogiques à l’étranger. À suivre donc!

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