27 novembre 2015
Mourir dans la dignité au grand écran
Par: L'Oeil Régional
Normand D'Amour interprète Adrien.

Normand D'Amour interprète Adrien.

CINEMA. La réalisatrice et scénariste de Saint-Basile-le-Grand, Renée Beaulieu, présente en ce moment au grand écran un film touchant dans lequel le silence et la mort se côtoient.

À l’affiche depuis le 6 novembre Le garagiste, qui met aussi en vedette Louise Portal, Pierre-Yves Cardinal et Michel Dumont, est le premier long-métrage de Renée Beaulieu. Le film raconte l’histoire d’un mécanicien, Adrien (Normand D’Amour), en attente depuis cinq ans d’une greffe de rein. Son quotidien se passe entre l’hôpital, où il reçoit une dialyse plusieurs fois par semaine, et son petit garage situé dans une petite municipalité en bordure du fleuve Saint-Laurent.

Un jour, alors que la greffe est un échec, il cesse les traitements de dialyse et décide de se laisser mourir. C’est ce thème que la professeure en scénarisation à l’Université de Montréal attaque de plein front: mourir dans la dignité.

Elle juge inacceptable que la société scelle le sort d’un patient. «C’est la société qui décide pour nous alors que pour moi, c’est une position intime et individuelle. C’est-à-dire que c’est soi-même qui devrait être en mesure de décider lorsqu’on peut ou l’on veut mourir.»

Le silence

Le film suit Adrien dans son combat contre la maladie et dans ses derniers jours. Le récit s’inspire d’un moment marquant vécu en 2007 par Renée Beaulieu.

Pharmacienne de profession, Renée Beaulieu travaillait dans une pharmacie lorsqu’elle a croisé un homme, un garagiste, venu faire ses adieux au laboratoire. Il allait mourir puisqu’il avait décidé d’arrêter la dialyse.

«En faisant ses adieux aux gens dans le laboratoire et ensuite quand il est sorti de la pharmacie, je ne sais pas, il s’est passé une émotion puissante dans tout le laboratoire. Et moi, j’ai ressenti très, très fortement cette émotion», se souvient Mme Beaulieu.  

L’émotion du film se vit à travers le silence. La réalisatrice a fait le choix de mettre peu de dialogue. Une façon d’illustrer la solitude et l’intimité qui accompagne la mort, explique Renée Beaulieu.

«Les gens apprécient que le film soit puissant par rapport au silence. En général, les gens trouvent que toute la présence de ces silences renforcit le film», dit-elle.  

Écho à l’international

Le garagiste parcourt les festivals de films d’un peu partout sur la planète. Au moment de l’entrevue avec L’Œil Régional, la réalisatrice de Saint-Basile-le-Grand arrivait d’Allemagne. Son long-métrage est bien apprécié par le public, dit-elle ravie.

Ses années de persévérance portent ses fruits après quatre refus de financement public. Renée Beaulieu a dû débourser 20 000 $ de ses poches pour financer la production de son film qui a finalement reçu de l’argent de Téléfilm Canada en post-production.

«Je n’ai pas fait un film de compromis», malgré le peu de moyens, assure Mme Beaulieu.

En pleine tournée pour Le garagiste, la scénariste est en attente de financement pour son prochain film dont le titre sera Les salopes. Il sera question d’infidélité féminine. Un univers loin de celui du garagiste. Son futur long-métrage s’interrogera sur «le rapport aux désirs dans une optique de genre», explique la cinéaste.

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