26 juin 2019
Mohawks, maillot et hot-dogs
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

La rue Amherst deviendra Atateken. Montréal en a décidé ainsi pour plusieurs raisons, historiques, mais aussi de sensibilité. Pourquoi pas? Le gars a tout le portrait d’un général salaud sur les bords. Tsé, les couvertes à la variole, c’est lui! Pourquoi alors le souligner par le nom d’une rue?

Certains y voient une réécriture de l’histoire. Non, pas moi. Mettre à terre la statue d’un infâme ne change pas l’histoire. L’histoire est immuable; notre souvenir oui. Mais ce qu’on change ici n’est ni l’un ni l’autre. On change seulement le symbole que l’on veut célébrer. Et célébrer un peu plus de nos racines autochtones par un nom mohawk me semble une bonne idée. L’air du temps, qu’ils disent.
L’histoire autochtone revient beaucoup dans l’actualité et je me plais à y découvrir un passé qui m’est peu familier. Cette histoire arrive au bon moment dans ma vie parce qu’honnêtement, je cherche aujourd’hui un peu plus à me définir comme Québécois.
Anecdote. En pleine marche dans le parc de la Yamaska ce week-end, ces questions me hantaient, surtout dans le contexte de la Saint-Jean-Baptiste. En arpentant un sentier, je croise un homme, musulman, les genoux au sol sur sa couverte. J’imagine que comme moi, il fuyait la plage pour un peu de tranquillité.
La prière a été le premier indice de sa confession religieuse. L’autre, c’était tout le groupe de gens qui l’accompagnaient et le nombre de jeunes filles qui se baignaient avec des costumes de bain intégraux voilant tout le corps. À Granby, je vous rappelle.
« La compagnie Puma fait des costumes de bain pour les musulmans? », m’a demandé ma blonde.
« C’est clair. Si t’avais une ligne de vêtements, tu ne le ferais pas pour vendre plus de costumes de bain? »
« Mouain… »
Je note. Non pas pour tomber dans la xénophobie ou pour dénoncer; je note juste pour noter. C’est ça maintenant le Québec.
La veille, je célébrais la Saint-Jean-Baptiste. Ça veut dire quoi? Je ne sais pas trop. Quelques bières, des feux d’artifice, des jeux gonflables pour les enfants. Des discours? Je n’en ai pas entendus; peut-être que vous oui? J’ai surtout fait de la piscine. En parlant du pays? Non, en jasant de la job en préparant les hot-dogs et en lançant des washers. C’est ce que j’ai fait de plus « québécois », je pense. Pourtant, je ne pourrais pas vous dire l’équivalant français de washers. Pas certains que mes enfants pourraient traduire hot-dogs
Je ne célèbre pas la fête du Canada depuis quelques années et, franchement, ma célébration de la Saint-Jean cette année ressemblait un peu à mes confédérations : une occasion d’avoir trois journées de congé.
Autochtone, musulmans, hot-dogs. Aucun lien? Non, aucun. Mais j’ai cherché depuis deux jours ce qui fait de moi un Québécois et je sens que, plus nous évacuons la question nationale de nos élections, moins nous savons vraiment qui nous sommes. En tout cas, qui je suis.
Au moins, l’été est arrivé. M’a pouvoir y réfléchir dans la piscine! Ou en grillant mes hot-dogs devant le barbecue! Il y a un mot français pour barbecue?

image