17 juin 2020
Fermeture de l’établissement
Michel Barrette laisse partir Les Trois Tilleuls
Par: Denis Bélanger

Michel Barrette.

Présent dans le décor touristique de la Vallée-du-Richelieu depuis près de 50 ans, l’hôtel Les Trois Tilleuls de Saint-Marc-sur-Richelieu est sur le respirateur artificiel. Plus d’une trentaine d’employés réguliers ont été mis à pied et l’humoriste Michel Barrette s’est retiré de l’aventure.

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Michel Barrette a annoncé en onde la semaine dernière que l’hôtel fermait ses portes. M. Barrette a cédé gratuitement ses parts à son partenaire d’affaires David Sepulchre. Ce dernier n’a pas commenté la nouvelle, préférant laisser le soin à Michel Barrette d’indiquer ce qui attend Les Trois Tilleuls. « David va attendre de voir ce que le gouvernement va faire comme annonce pour les hôtels ainsi que le moment que les gens vont pouvoir sortir », a indiqué M. Barrette.

L’humoriste de carrière ne voyait pas la lumière au bout du tunnel alors que 70 % de ses revenus provenaient de la période estivale. De plus, pour que son entreprise soit rentable, l’hôtel, la salle de spectacle et le restaurant doivent être ouverts en même temps. « Pour le restaurant, avec les mesures de distanciation, on n’aurait pas pu accueillir plus de trois couples à la fois. Ça n’aurait pas eu de bon sens », renchérit-il.

Décision déchirante

Encore aujourd’hui, Michel Barrette se sent déchiré de devoir laisser aller le « bébé » qu’il a acquis en 2014. « Nous ne nous sommes pas assis sur notre steak pendant six ans. Nous avons fait d’énormes améliorations. Nous avons enlevé la portion spa pour aménager la salle de spectacle. Ça a été un coup de génie qui a permis de rentabiliser l’hôtel. »

Barrette s’estime d’ailleurs privilégié d’avoir accueilli de nombreux artistes et humoristes dans son hôtel. « La salle était formidable et les gens savaient qu’ils étaient chez moi. S’il y a 17 ans, on m’avait dit que j’aurais engagé Michel Richard et Jean-Pierre Ferland, je me serais pincé. Ce qui me rend aussi fier, c’est que l’hôtel avait une renommée. Après mes spectacles, je croisais des gens qui étaient descendus le jour même de la Beauce ou encore de Gatineau. Il restait à coucher pour séjourner dans l’hôtel. »

L’histoire d’amour entre Michel Barrette et Les Trois Tilleuls remonte à plusieurs années. Il s’est d’ailleurs marié aux Trois Tilleuls. « La première fois, j’avais été invité à manger là par Yvon Deschamps, je pense. Pour mon mariage, on est resté couché à l’hôtel même si on restait juste de l’autre côté », dit le résident de Saint-Marc-sur-Richelieu.

Un dernier monologue

Michel Barrette venait de lancer une tournée d’adieu qui l’aurait amené à la retraite d’ici deux ou trois ans. La pandémie de la COVID-19 a entraîné évidemment plusieurs annulations, au grand dam de l’humoriste qui s’ennuie de la magie d’être sur scène et devant public. « Je suis allé dans la salle fermée et je suis allé lâcher deux ou trois jokes. Ma blonde m’a vu et m’a dit : hey Michel, tu fais des monologues. »

Michel Barrette conserve néanmoins l’espoir que le complexe pourra accueillir de nouveau des convives. « David a de l’ambition et il est déjà propriétaire du Château Saint-Ambroise. Il est toujours cinq pieds en avant des autres. Le connaissant, il est déjà en train de préparer une surprise. C’est un gars connecté. »

La région perd un joyau

La fermeture indéterminée des Trois Tilleuls a eu l’effet d’un coup de massue, tant sur le plan local que régional. Plusieurs acteurs et intervenants du milieu ont partagé leur tristesse devant cette tournure des événements.

L’un des premiers peinés est le maire de Saint-Marc-sur-Richelieu, Michel Robert. « Nous aurions aimé que ça reste ouvert; ils avaient fait quelque chose de super beau. Mais rien ne dit non plus que ça ne continuera pas. C’est certain que l’hôtel apportait une grande visibilité sur le plan touristique. »

Pour sa part, la directrice générale de Tourisme Montérégie, Josée Julien, qualifie de désastreuse la fermeture de l’hôtel. « Les Trois Tilleuls était un joyau et une icône de la Montérégie avec sa localisation rêvée sur le bord du Richelieu. On supporte et on comprend la décision des propriétaires, car les leviers financiers n’étaient pas au rendez-vous. On souhaite que la sensibilisation faite par les associations touristiques régionales auprès du gouvernement puisse porter fruit pour le futur des entrepreneurs et que ça puisse répondre à des besoins concrets des entrepreneurs du secteur hôtelier. »

De son côté, la présidente de la Chambre de commerce et d’industrie Vallée-du- Richelieu, Marie-Claude Duval, reconnaît que la pandémie et les mesures de confinement sont très difficiles pour bien des commerces. « Nous souhaitons que toutes ces entreprises puissent garder leurs portes ouvertes et poursuivre leurs passions. »

Depuis 1972

L’hôtel a vu le jour au début des années 1970. Une native de Saint-Marc-sur-Richelieu, Thérèse Daigle, et son mari, Germain Charrette, ont acheté en 1972 la maison de brique rouge et la terre de Wilfrid Vary et Rosilda Borduas que leur petit-fils Jean-Paul avait mises en vente, explique Nicole Lamarre, de la Société d’histoire de Cournoyer.

Mme Daigle, experte en fine cuisine, rêvait d’en faire un rendez-vous de gastronomie internationale dans le cadre d’une auberge champêtre. Les propriétaires ont donné à l’endroit le nom des Trois Tilleuls à cause de la présence de ces arbres plantés en façade.

Michel Aubriot est devenu propriétaire en 1980 pour faire des Trois Tilleuls un hôtel de luxe, puis un Relais & Château. M. Aubriot fait notamment connaître les peintres québécois, en exposant leurs œuvres dans les salons mis à la disposition des congressistes et en organisant des vernissages. En 2000, Michel Aubriot a ajouté un spa de luxe à son hôtel, soit le Spa Givenchy qui a été construit sur l’ilot voisin qu’occupait la résidence d’été du libraire Pony. Mur pour la retraite, M. Aubriot a mis en vente l’hôtel en 2012.

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