21 décembre 2020
Les pesticides disparaissent après le traitement de l’eau
Par: Sarah-Eve Charland

Des analyses ont permis de détecter les pesticides présents dans la rivière Richelieu avant et après les traitements. Photo François Larivière | L’Œil Régional

En ayant recours à une analyse beaucoup plus précise que ce qui est réalisé habituellement, la Régie intermunicipale de l’eau de la Vallée-du-Richelieu a permis de détecter une infime quantité de certains pesticides dans la rivière Richelieu. L’analyse a aussi confirmé que le système de traitement des eaux permet d’en éliminer presque la totalité.

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Les échantillons ont été prélevés le 6 août 2020 à la suite d’une grande pluie afin de se donner le plus de chances de trouver des traces de pesticides en suspension. « Quand il n’y a pas d’événements pluvieux intenses, on a une eau plus propre. Il y a moins de pesticides. […] Les échantillons ont été pris alors que l’eau était brune. On a décidé de le faire pour voir s’il y a vraiment [des pesticides] dans le fond de la rivière », explique Jacques Drouin, directeur général de la Régie.

Des reportages dans les médias, diffusés au cours des dernières années, ont amené plusieurs citoyens à questionner la Régie de l’eau sur la qualité de l’eau potable consommée. « Il y a toujours un mouvement qui part après la publication d’un article sur la présence de pesticides dans l’eau. L’idée est qu’on veut favoriser la consommation de notre eau au détriment de l’eau embouteillée. Parfois, c’est même de l’eau traitée par un système de traitement d’une municipalité qu’on retrouve en bouteille », poursuit M. Drouin.

Afin de rassurer la population, la Régie a choisi de mandater le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), non sans débourser une somme, pour effectuer une analyse beaucoup plus précise que ce que la Régie effectue habituellement.

L’analyse avait surtout pour objectif de déterminer la qualité de l’eau traitée qui est envoyée par la suite dans les résidences de la région. Après le traitement de l’eau, l’analyse a retrouvé des traces de seulement deux pesticides, soit le métolachlore et l’imazéthapyr, respectivement à la hauteur de 0,01 microgramme par litre et de 0,000018 microgramme par litre.

« Après le traitement, il n’y en a à peu près pas. On constate donc que notre système transforme une partie des pesticides et élimine le reste en l’envoyant au système d’assainissement des eaux. Ce sont des résultats intéressants. [Pour ce qui reste dans l’eau traitée,] on est vraiment loin de ce qui pourrait être considéré comme dangereux. La science donne des normes. On est loin de ces normes-là », souligne M. Drouin.

Eau brute de la rivière

Par exemple, l’analyse effectuée habituellement par la Régie permet de détecter tout résidu au-dessus de 10 microgrammes de glyphosate par litre d’eau. L’analyse du Ministère a permis de détecter tout résidu au-dessus de 0,04 microgramme par litre de glyphosate, ce qui a mis en lumière une présence de glyphosate dans l’eau de la rivière.

Afin d’obtenir un regard extérieur sur les données de la régie, L’ŒIL a sollicité l’expertise de la professeure et directrice du Comité de programme en Sciences de l’environnement de la TÉLUQ, Lise Parent. « Ce sont des résultats surprenants, surtout que la rivière Richelieu est l’une des rivières les plus polluées au Québec, en raison des grandes cultures. Malgré un événement de turbidité élevée, on se retrouve loin [en dessous] des normes. Après le traitement, on en retrouve presque plus. Ça veut dire que le système de traitement est très efficace et que la prise d’eau est bien positionnée », observe-t-elle.

Un élément qui la surprend également; même s’il se trouve en quantité négligeable, l’atrazine est présent dans la rivière alors que son utilisation est très restreinte depuis 2018. Les agriculteurs doivent obtenir une autorisation spéciale d’un agronome pour pouvoir utiliser l’atrazine. Selon le gouvernement du Québec, il s’agit d’un pesticide particulièrement nocif pour l’environnement et la santé humaine.

La prise d’eau s’est déroulée devant la centrale de traitement à Otterburn Park. L’analyse de ces échantillons a détecté 14 pesticides, dont le glyphosate et l’atrazine qui ont été médiatisés. Les quantités sont toutefois très loin sous les normes du Règlement sur la qualité de l’eau potable du gouvernement du Québec. Le Ministère a trouvé des traces à la hauteur de 0,23 microgramme par litre de glyphosate et de 0,02 microgramme par litre d’atrazine. Les normes sont, respectivement, de 210 microgrammes par litre et de 3,5 microgrammes par litre. Ces normes concernent la consommation humaine de l’eau.

Pour ce qui est de la vie aquatique, il faut se tourner vers des critères différents. Ces critères visent à établir les limites de concentration dans lesquelles les organismes aquatiques peuvent vivre sans développer d’effets chroniques. Ces critères sont des limites suggérées par le gouvernement, mais ne sont pas réglementés comme c’est le cas avec la consommation d’eau portable. Dans ces cas-ci, aucun pesticide ne dépasse ces limites. Malgré tout, « je ne crois pas qu’il y ait de problème. Je pense qu’il reste toujours pertinent de s’inquiéter de la présence d’autant de pesticides dans l’eau brute, surtout un 6 août, loin derrière les épandages d’herbicides », ajoute Mme Parent.

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