23 décembre 2019
Fermeture du Jozéphil le 31 décembre
Le couple tourne la page après 27 ans
Par: Sarah-Eve Charland

Philippe Hamelin Photo François Larivière | L’Œil Régional ©

Philippe Hamelin aux cuisines et Josée Normand au service ont formé l’équipe derrière le succès du Jozéphil. Photo François Larivière | L’Œil Régional ©

Les yeux pétillants, Philippe Hamelin parle de son restaurant comme de son chez-soi où il considérait son personnel comme sa famille, et ses clients comme des amis chers qu’il recevait avec soin. C’est donc le cœur gros qu’il fermera son restaurant le Jozéphil au lendemain du 31 décembre après 27 années de service.

Sa passion de la restauration est loin de s’éteindre. Le chef souhaite simplement ralentir le rythme tout en assurant un service impeccable. Il continuera à donner un coup de main à son autre restaurant, le Et Cætera, selon les besoins de l’équipe en place.

Les dernières semaines du Jozéphil ont été chargées alors que les réservations affluaient. « C’est sympathique. Les gens appellent pour dire qu’ils sont tristes. Il y a des familles que ça fait trois générations que je sers. On en est très fier. Des fois, ils ont même travaillé ici. On en a engagé du monde en 27 ans », lance Philippe Hamelin.

Le chef s’est vu dans l’obligation de fermer puisqu’il n’a pas réussi à trouver une relève. Il aurait bien voulu que sa cuisinière reprenne le flambeau, mais elle ne se voyait pas suivre le rythme effréné qu’impose la direction d’un restaurant. Pas étonnant, puisque durant les 10 premières années du restaurant, les propriétaires y ont travaillé sept jours par semaine.

« Je voulais travailler un peu moins. […] Dans ce milieu, vous n’avez pas le choix de vous donner. Le pire dans la restauration, c’est de ne pas avoir de constance. En avant et en arrière, la restauration ce n’est que des détails », mentionne le chef.

27 belles années

Français d’origine, Philippe Hamelin a commencé à travailler au Québec pendant quelque mois au Trois Tilleuls à Saint-Marc-sur-Richelieu, en 1981. Il a ensuite travaillé au Samuel, à Saint-Jean-sur-Richelieu, avant d’ouvrir son propre restaurant à Saint-Jean-sur-Richelieu. C’est en 1993 qu’il ouvrira le Jozéphil en compagnie de sa conjointe Josée Normand.

Le Jozéphil a ouvert ses portes tout d’abord sur le boulevard Sir-Wilfrid-Laurier. Les cinq premières années ont été difficiles, se rappelle-t-il. Sa réputation n’a toutefois pas tardé à se former à tel point qu’il a eu l’aval des institutions financières assez facilement au moment d’acheter une maison sur le bord de l’eau, dans le Vieux-Belœil. Il venait ainsi de réaliser son rêve d’ouvrir son restaurant sur le bord de la rivière Richelieu.

« Je dis souvent que c’est mon petit coin d’Europe. J’aime prendre mon café avec cette vue et j’y vois ma terre natale. »

En offrant de la cuisine française à cet endroit, il assure avoir bousculé les habitudes des consommateurs. « Les gens n’étaient pas habitués à commander de la cuisine française sur le bord de l’eau. Les gens pensaient manger des petites choses, des hamburgers. Le premier été, ça a tout de suite fonctionné. On nous demandait autre chose, mais je leur disais qu’ils pouvaient très bien déguster leur gigot d’agneau sur le bord de la rivière. »

Son histoire d’amour avec la région s’est poursuivie pendant toutes ces années. Des collègues de travail sont demeurés pendant plus de 20 ans à l’emploi du Jozéphil. Le restaurateur s’est aussi impliqué auprès de Tourisme Montérégie afin de promouvoir la région. D’ailleurs, il croit que ses clients ont joué un rôle important dans le succès de son entreprise. « La stabilité est importante. Les clients, c’est ce qu’ils aiment. Les gens rentrent chez moi, je les prends en charge et tout va bien se passer. Les habitués, on en a besoin. On en prend soin », lance M. Hamelin.

Josée Normand abonde dans le même sens. « On a eu des clients exceptionnels. On a eu une belle vie. »

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