10 août 2018
70 ans pour le Refus global
La liberté, un thème encore d’actualité
Par: Karine Guillet
La directrice adjointe du Musée, Noémie Chevalier, avec un des 400 exemplaires du manifeste Refus global. Photo: Karine Guillet

La directrice adjointe du Musée, Noémie Chevalier, avec un des 400 exemplaires du manifeste Refus global. Photo: Karine Guillet

Le 9 août 1948, Paul-Émile Borduas et 15 artistes publiaient un manifeste qui allait faire l’effet d’une bombe dans la société québécoise. Le Refus global n’a pourtant pas perdu de sa pertinence, même 70 ans plus tard, constate la directrice adjointe du Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire, Noémie Chevalier.

Publié en quelques centaines d’exemplaires dans un Québec sous la gouverne de Maurice Duplessis, le manifeste se veut d’abord une remise en question de l’immobilisme de la société, questionnant notamment l’autorité de l’Église. Les signataires prônent la création d’une nouvelle société basée sur la sensibilité et la liberté plutôt que la raison et l’obéissance.
«Tout dans le manifeste dit que l’individu doit être libre et que l’individu ne doit pas craindre ce qui peut arriver face à cette liberté. C’est quelque chose de très nouveau qui n’avait pas été exprimé avant ce groupe des 16 artistes», explique Noémie Chevalier.
Le geste coûte cher à l’artiste de Mont-Saint-Hilaire, qui est renvoyé de l’École du meuble à laquelle il enseigne et finit par s’exiler à New York. Le manifeste est mal compris à l’époque, soutient la Maison Paul-Émile Borduas dans sa présentation virtuelle du document.
«Ce qui était dit dans le manifeste, c’était quelque chose de très fort. Et l’époque ne permettait pas de dire tant de choses», rappelle la directrice adjointe.

Liberté
Il demeure toutefois encore aujourd’hui comme une étape importante de la société québécoise. Mme Chevalier estime d’ailleurs que l’idée maîtresse derrière Refus global, en faveur de la liberté, est encore d’actualité, même si la société a bien évolué.
«On a le droit de vote, mais malgré ça, il ne faut pas oublier que la liberté n’est pas acquise. Il faut veiller à ce que les choses soient toujours défendues parce que d’un moment à l’autre, ça peut basculer. Ça, je pense que Paul-Émile Borduas l’avait bien compris. Je pense que même aujourd’hui, le Refus global doit être mieux connu et reconnu.»

Célébrations
Le Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire a d’ailleurs consacré l’année à célébrer cette œuvre phare des Automatistes. Le Musée a d’ailleurs la responsabilité de la conservation de la Maison Paul-Émile Borduas, où le groupe des 16 a rédigé le Refus global.
Durant tout le mois d’août, le Musée a donc concocté une foule d’activités. Parmi celles-ci, il propose la création d’un vitrail inspiré de l’une des cosignataires du Refus, Marcelle Ferron, le 11 août à 11h. Le Musée en profitera aussi pour évoquer les six autres femmes signataires du Refus global. Le musée propose aussi la conférence «Le Refus global: 70 ans après», le 30 août. Le Salon d’Automne sera aussi l’occasion de rendre hommage au Refus global à travers une exposition-concours ouverte à tous.
«On connaît Borduas pour ses peintures, ses représentations acryliques, mais on ne le connaît peut-être pas autant pour cet élément-ci, alors que c’est quand même l’un de ses projets les plus retentissants. C’est pour ça que pour nous, c’est quelque chose qui a été important cette année», note Mme Chevalier.

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