2 août 2016
Incursion derrière les portes du Centre Jeunesse
Par: Karine Guillet
La salle communautaire est une réalisation de la Fondation du Centre jeunesse de la Montérégie. Les jeunes peuvent se détendre, jouer à des jeux de société ou à la console et regarder des films sur écran géant.

La salle communautaire est une réalisation de la Fondation du Centre jeunesse de la Montérégie. Les jeunes peuvent se détendre, jouer à des jeux de société ou à la console et regarder des films sur écran géant.

La murale qui tapisse les murs de la sale communautaire est une réalisation des artistes Boneur et Opire, sous la direction d'Éric Godin

La murale qui tapisse les murs de la sale communautaire est une réalisation des artistes Boneur et Opire, sous la direction d'Éric Godin

La cour intérieure. Ce sont les jeunes qui ont aménagé les terrains de Volley-Ball

La cour intérieure. Ce sont les jeunes qui ont aménagé les terrains de Volley-Ball

Incursion derrière les portes du Centre Jeunesse

Incursion derrière les portes du Centre Jeunesse

Incursion derrière les portes du Centre Jeunesse

Incursion derrière les portes du Centre Jeunesse

SANTÉ. Chambly accueille l’un des plus gros Centres jeunesse du Québec. Près de 172 garçons, en vertu des Loi de la protection de la jeunesse (LPJ) et Loi sur le système de justice pénale pour adolescents (LSJPA), trouvent domicile dans l’imposant édifice de la rue Salaberry. Incursion derrière les portes de ce milieu de vie particulier.

Le campus de Chambly accueille les adolescents de 12 à 17 ans. Pas moins de 274 professionnels, éducateurs, travailleurs sociaux et enseignants, psychologues et agents de sécurité y travaillent. Toutes les tâches quotidiennes sont pensées afin d’aider les enfants à réaliser des apprentissages à travers la vie en communauté.

«On va travailler les habiletés sociales à travers le déjeuner le matin, où on a 13 garçons qui vont déjeuner ensemble et qui n’ont pas toujours le goût de se voir. On les accompagne dans chaque tâche de la journée. Pour certains, on va même leur montrer comment partir la laveuse à linge», explique Kim Dandurand, chef de service intermédiaire au Centre jeunesse de Chambly.

L’imposant bâtiment, un ancien pensionnat, accueille six unités de milieu ouvert, une unité individualisée pour troubles de santé mentale, une unité d’évaluation, une unité de mise sous garde ouverte, deux unités de mise sous garde fermée, une unité d’encadrement intensif (une mesure temporaire pour les cas graves) et une unité à multiples usages.

S’exprimer

Les jeunes placés en Centre jeunesse sous la LPJ y demeurent en moyenne entre trois mois et un an. Le centre jeunesse est centré sur la réadaptation afin que l’enfant puisse retourner dans la collectivité, que ce soit avec sa famille, une famille d’accueil ou de manière autonome.   

Plusieurs jeunes évoluent dans la même unité. Alors que les jeunes possèdent tous leur chambre, ils doivent partager les espaces communs tels que la cuisine et le salon. Certaines unités possèdent également des espaces centrés sur les sens (avec de la musique ou des lumières) où les jeunes peuvent aller lorsqu’ils en ressentent le besoin afin de décompresser.

Les adolescents sont invités à se prononcer sur tout ce qui touche leur milieu de vie. Ce sont eux qui ont choisi le nom de la salle communautaire, L’Intersection, ainsi que son contenu. Les résidents du Centre jeunesse peuvent également exprimer leurs envies à travers le conseil des jeunes, qui réunit des jeunes représentant chaque unité de service une fois par mois. «Les jeunes aiment ça parce qu’ils se sentent écoutés. Ça leur donne une belle place pour discuter. […] Ils prennent du pouvoir et du contrôle positif sur leur placement», explique Chantal Campeau, chef de service.

Délinquants

Le Centre jeunesse accueille également des jeunes qui ont commis des délits et dont la peine doit être purgée en mise sous garde, selon la LSJPA. Si les jeunes doivent passer des moments dans leur petite chambre, ils vivent aussi en collectivité dans un milieu sécurisé, doivent aller à l’école et sont appelés à se dégourdir à travers le sport.   

Le Centre Jeunesse travaille à renforcer les comportements positifs en donnant par exemple des points de récompense qui permettent aux jeunes de s’acheter notamment du temps sur une console de jeu. Plusieurs activités visent également à développer l’empathie ou servent de mesures de réparation envers les victimes ou la collectivité.  Parmi les mesures de réparation, les garçons tricotent depuis peu des tuques qu’ils envoient dans les hôpitaux pour les nourrissons.

Dans le cas où un jeune n’aurait pas terminé sa peine à 20 ans, après lequel il n’est plus sous la LSJPA, il est transféré vers un pénitencier. Le Centre Jeunesse peut toutefois de garder le jeune un peu plus longtemps, si, par exemple, il travaille à terminer des cours.

L’école

Puisque la Loi rend obligatoire la scolarisation jusqu’à 16 ans, le campus de Chambly possède aussi sa propre école pour les enfants qui ne peuvent pas fréquenter l’école à l’extérieur. Dans les corridors de l’école du Centre, la cloche résonne même pour annoncer le début et la fin des cours. Étant donné les besoins particuliers des pensionnaires, les classes ont un plus petit ratio d’élèves.

Le Centre possède aussi une école pour les adultes et des plateaux de travail pour la formation professionnelle. Certains pensionnaires y ont même suivi des cours au Cégep à distance. 

Le sport essentiel

Sur le campus de Chambly, les intervenants misent beaucoup sur le sport pour amener les jeunes à se dépenser. Lors du passage de L’Œil Régional, certains garçons étaient d’ailleurs occupés toute la journée par un tournoi de hockey-balle.

«Quand un sport tombe à l’eau pour une raison quelconque, on en entend parler longtemps! C’est important pour nos gars de bouger, surtout quand ils vont à l’école toute la journée», explique Kim Dandurand.

En plus de la cour extérieure qui comporte des terrains de volleyball, une patinoire et une piscine hors terre, les jeunes peuvent aussi bénéficier de quatre gymnases, d’une salle d’entraînement musculaire, d’un dojo (en rénovation) et d’une salle d’entraînement de boxe. Un des éducateurs organise d’ailleurs deux fois par année des compétitions d’hommes forts, où les jeunes doivent notamment déplacer une voiture de police. «Ça part souvent d’initiatives des éducateurs qui ont envie de transposer une passion, explique Chantal Campeau. Ils montent des projets et on va chercher des sous, faire des levées de fonds.»

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