29 décembre 2015
Des enseignants racontent: 30 vies dans le quotidien
Par: Karine Guillet
Daniel Bérubé est enseignant à l'école Mgr.-A. Parent.

Daniel Bérubé est enseignant à l'école Mgr.-A. Parent.

EN RAPPEL. De Virginie à 30 vies, le quotidien des enseignants du secondaire a nourri l’imaginaire des téléspectateurs québécois. Tous les professeurs sont-ils des Virginie Boivin ou des Samuel Pagé? Deux enseignants ont accepté de comparer leur métier à celui des personnages.

Enseignant d’histoire, Daniel Bérubé en a vu des élèves défiler dans sa classe depuis 31 ans. Son quotidien, il le décrit comme un mélange entre l’apprentissage et l’écoute dont il doit faire preuve pour aider les jeunes qui lui confient des problèmes. Amateur de 30 vies, c’est justement sur ce dernier point que la fiction rejoint le plus la réalité.

«. J’ai eu à l’occasion à m’occuper de certains jeunes, qui quand ils atteignent 18 ans, la valise est à la porte. Le matin, quand ils arrivent à l’école, ils te tombent dans les bras et se mettent à pleurer.»

Gestion de problèmes

L’enseignante de français, Marie-Andrée Théberge, n’a regardé que quelques épisodes de la fiction de Fabienne Larouche. Pour elle, c’est toutefois le lien positif unissant élèves et professeur qui est absent de la série. Elle souhaiterait aussi que le côté créatif de l’enseignement soit davantage exploité.

«Au-delà des problèmes qu’ils ont à la maison, les jeunes aiment aller à l’école. Ils se sentent chez eux dans la classe. Ils aiment apprendre parce que ce qu’on propose est différent d’un manuel scolaire.»

Diffusée depuis plus de quatre ans sur le réseau du diffuseur public, 30 vies raconte les aléas d’adolescents à travers le regard de leur professeur. Mme Théberge reconnaît que les problématiques vécues par les jeunes dans la fiction, comme les conflits, la préoccupation de l’apparence, l’intimidation ou même la drogue, ressemblent à la réalité, mais elle maintient que ce qu’on voit à l’écran est exagéré.

«Certaines problématiques qu’on retrouve dans <I>30 vies<I>, oui, ça arrive, dit-elle. On dirait que c’est 30 ans d’enseignement en une saison!»

Si la psychologie fait partie intégrante du travail d’enseignant, leur intervention se limite le plus souvent à l’intérieur de l’école.

Cogner aux portes des parents? En trois décennies de pratique, Daniel Bérubé raconte qu’il n’a eu qu’une seule fois en carrière à suivre un élève de façon systématique.

«Ce qui se passe dans ces émissions-là et quand ça (l’intervention) va loin, ce n’est pas une réalité que nous avons à vivre en tant que prof. Les éducateurs peuvent des fois faire des choses plus poussées. On travaille en équipe avec ces gens-là.»

Des impacts

Reste que la présence des enseignants à la télévision frappe l’imaginaire et provoque quelques fois de drôles de réactions quand la réalité rencontre la fiction. L’an dernier, un parent a même demandé à M. Bérubé d’accueillir son enfant chez lui quelques jours.«Elle m’avait dit « Dans 30 vies, ils les prennent les enfants! » Elle ne faisait pas la distinction entre les deux, elle était rentrée dans l’émission et d’après elle, on faisait les choses comme ça.»

Mme Théberge s’inquiète pour sa part de l’impact que pourrait avoir la fiction sur ceux qui voudraient se lancer dans le métier

«Ceux qui veulent aller dans l’enseignement et qui écoutent cette émission-là se disent, mon dieu, c’est grave l’enseignement. Je ne trouve pas que c’est une belle vision de l’enseignement, ce n’est que des problèmes, ce n’est pas encourageant.»

Daniel Bérubé, lui, s’interroge plutôt sur l’impact que pourraient avoir ces œuvres de fiction sur la manière collective de définir l’enseignement.

«Avec les interventions que les enseignants font, je pense  que ça provoque dans la société des attentes auprès des écoles auxquelles nous ne sommes peut-être pas prêts à répondre.»

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