13 décembre 2017
Cyberdépendance: un terrain déjà connu pour les intervenants de la région
Par: Karine Guillet

Yannick Vézina et Frédérick Fortier. photo: Karine Guillet

Même si le terme cyberdépendance n’est pas reconnu officiellement d’un point de vue médical, le Centre de réadaptation des dépendances le Virage de la Montérégie traite depuis dix ans des jeunes aux prises avec une dépendance aux jeux de console ou à l’ordinateur dans ses locaux de Saint-Hubert.

Ce projet-pilote du Virage est d’abord né d’une volonté de mieux outiller des parents, raconte Guylaine Sarrazin, travailleuse sociale au Centre de réadaptation des dépendances. Les traitements devraient d’ailleurs être offerts à Saint-Hyacinthe au retour des Fêtes. «Nous avions des demandes de parents qui ne savaient pas où frapper. Comme nous n’avions pas de mandat officiel du ministère, nous avons décidé de lancer un projet-pilote pour répondre à la demande», explique-t-elle.

Si le monde médical est encore prudent dans l’utilisation du terme cyberdépendant vu l’absence de diagnostic officiel, il n’en demeure pas moins que le Centre s’est créé une expertise en la matière en s’associant notamment à deux recherches scientifiques sur le sujet. Depuis les débuts du projet, environ 80 à 90 jeunes ont bénéficié du programme.

À Belœil, le directeur général du Centre de prévention des dépendances l’Arc-en-ciel constate que le projet-pilote facilite d’ailleurs le travail de l’organisme sur le terrain. «Ce n’est pas rare qu’on ait des parents démunis ou en crise qui nous appellent parce qu’ils ont tapé cyberdépendance sur Internet et que c’est notre organisme qui sort en premier. Les parents nous demandent ce qu’ils font avec ça, s’ils peuvent nous l’envoyer, nous rencontrer. Nous sommes un organisme en prévention des dépendances, mais on prend quand même le temps de jaser avec les parents. La première référence va souvent être le Virage parce que le projet-pilote est intéressant, que j’ai rencontré Guylaine et que je sais comment ils travaillent», explique-t-il

Prévention

L’Arc-en-ciel travaille d’ailleurs depuis trois ans à sensibiliser les jeunes dans les écoles sur le sujet à l’aide d’ateliers variés. Parmi les thématiques abordées, l’Arc-en-ciel offre des conférences sur les jeux vidéos, les passions hors-lignes, les réseaux sociaux et l’éducation numérique, le sextage et le dévoilement de soi et la nomophobie (la peur d’être sans son téléphone cellulaire). L’organisme a aussi développé une série de conférences pour les parents selon l’âge des enfants. L’an prochain, l’organisme aimerait bonifier cette offre. Le but des ateliers de sensibilisation est de développer l’esprit critique et de sensibiliser les jeunes au nombre d’heures consacrées devant l’écran, tant chez les parents que chez les jeunes.

La cyberdépendance, c’est quoi?

La cyberdépendance a nourri bon nombre de discussions la semaine dernière, avec la diffusion du documentaire Bye mettant en vedette Alexandre Taillefer. Elle se définit avant tout comme une utilisation inappropriée des jeux vidéos ou d’Internet. «Plus l’utilisation de ce que tu fais en ligne est connectée avec ce que tu fais hors-ligne, moins c’est problématique», explique pour sa part l’intervenante de l’Arc-en-ciel Yannick Vézina.

Selon les plus récentes études, la cyberdépendance toucherait de 0,5 à 2 % des individus. «Je pense que le besoin va en grandissant. Je pense que, ultimement, l’éducation à la citoyenneté numérique devrait être obligatoire dans les écoles», lance M. Fortier.

Bien que les causes de la cyberdépendance soient multifactorielles, Mme Sarrasin souligne que les jeunes aux prises avec des problèmes de santé comme l’anxiété, la dépression, une phobie sociale, une faible estime de soi, l’intimidation ou un inconfort relationnel sont particulièrement touchés. La centralisation sur le jeu, des propos noirs ou une chute des résultats scolaires peuvent être des indicateurs que la situation est problématique.

Au Virage, les intervenants optent d’abord pour une approche familiale. Dès qu’un adolescent ou un parent appelle, un intervenant s’affaire d’abord à évaluer la situation. Les parents et leur adolescent seront ensuite rencontrés par deux intervenants pour créer un lien de confiance et proposer des recommandations personnalisées. L’adolescent qui choisit de s’inscrire au Virage demeurera tout de même dans sa famille. À l’occasion, il peut arriver qu’un patient soit recommandé en interne à l’organisme spécialisé pour les adolescents Grand Chemin. Dans tous les cas, l’idée maitresse reste de travailler en équipe avec les intervenants nécessaires. «Nous sommes là pour faire en sorte que le jeu reprenne sa juste place, c’est-à-dire qu’il redevienne un loisir», explique M. Sarrazin.

Pour prévenir

Selon l’Arc-en-ciel, l’éducation aux écrans devrait d’ailleurs commencer graduellement dès qu’on laisse aux enfants l’accès aux écrans.

Les deux organismes conseillent d’abord aux parents d’amorcer le dialogue avec l’enfant et de lui poser des questions sur les raisons de son utilisation de la technologie et ses possibilités de communiquer.

Pour les parents qui se sentent dépassés, Mme Sarrazin rappelle que les parents peuvent faire des recherches sur les applications et les jeux. «Ce que je proposerais aux adultes, c’est de se mettre en mode apprenti plutôt qu’éducateur. Allez vous asseoir à côté du jeune et demandez-lui de vous expliquer», ajoute M. Fortier. La création de rituels (ex. souper en famille), la tenue d’activité sans écran et de donner l’exemple soi-même sont de bonnes pratiques à adopter en matière de gestion des écrans.

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