24 mars 2016
Claire Kirkland-Casgrain: décès d’une pionnière
Par: L'Oeil Régional
Claire Kirkland-Casgrain.

Claire Kirkland-Casgrain.

QUÉBEC. Une figure marquante de l’histoire politique récente du Québec et une pionnière de la cause des femmes, Claire Kirkland-Casgrain, est décédée à l’âge de 91 ans.

S’il est un qualificatif qui convient bien à Claire Kirkland-Casgrain, c’est bien celui de pionnière. Première femme élue députée à l’Assemblée nationale (à l’époque l’Assemblée législative), première femme nommée ministre, première femme juge à la Cour du Québec, elle aura ouvert bien des portes aux femmes et fait en sorte que leurs droits soient mieux reconnus.

Le premier ministre Philippe Couillard a annoncé la tenue de funérailles nationales, disant avoir eu l’occasion de s’entretenir avec des membres de la famille Kirkland-Casgrain. M. Couillard a dit que ces funérailles devaient souligner son engagement et son dévouement en tant que première femme à exercer des fonctions dans les domaines politique et juridique au Québec.

Le premier ministre a ajouté que Claire Kirkland-Casgrain avait mis «ses convictions au service de l’égalité entre les femmes et les hommes».

Élue députée en 1961, puis nommée ministre l’année suivante, elle aura été une des artisanes de la Révolution tranquille. Grâce à elle, le grand vent de changement qui secoue alors le Québec dans différentes sphères d’activités s’applique aussi à la famille et à la vie privée, alors que s’amorce une profonde remise en question du rôle des femmes dans la société.

Née en 1924, elle obtient sa licence en droit de l’Université McGill et exerce la profession d’avocate à Montréal, à compter de 1952. Fille de député, elle a la politique dans le sang et milite très tôt au Parti libéral du Québec, où elle s’illustre à différentes fonctions, notamment à la présidence de la Fédération des femmes libérales du Québec.

En 1961, son père, le député libéral de Jacques-Cartier depuis 20 ans, Charles-Aimé Kirkland, meurt subitement. Ce drame personnel devient une occasion inespérée de se faire valoir: même si jamais une femme n’a réussi à devenir députée à Québec, elle offre ses services pour terminer le mandat que son père avait reçu de la population. Le 14 décembre 1961, âgée de 37 ans, elle est élue avec une forte majorité et entame une carrière politique peu banale. Elle sera réélue en 1962 dans Jacques-Cartier, puis dans Marguerite−Bourgeoys en 1966 et en 1970.

Un an après son entrée en politique, elle fait encore une fois écarquiller bien des yeux en étant appelée à occuper la fonction de ministre sans portefeuille dans le cabinet de Jean Lesage. Par la suite, dans le cabinet Lesage, puis dans celui de Robert Bourassa, elle dirigera différents ministères: Transports et Communications, Tourisme, Chasse et Pêche, Affaires culturelles.

Mais on retiendra surtout de son passage en politique l’avancée spectaculaire qu’elle permet de faire aux femmes, même si – comme bien des femmes de sa génération – elle refusera toujours d’être étiquetée de «féministe».

On lui doit, notamment, la modernisation des régimes matrimoniaux et la création du Conseil du statut de la femme, en 1973.

Jeudi, la présidente du Conseil, Julie Miville-Dechêne, n’avait pas oublié son legs. Elle n’a pas eu la vie facile à son entrée à l’Assemblée nationale, là où elle est restée longtemps la seule et unique femme députée, a-t-elle rappelé en entrevue.

«Elle a contribué de façon très importante à l’entrée des femmes dans les sphères publiques parce que la politique est là où le pouvoir se joue et elle a été l’une des premières à franchir ce pas.»

Le monde politique réagit

Dans le communiqué transmis par le gouvernement, la vice-première ministre et ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault, a dit croire que Claire Kirkland-Casgrain avait été un véritable symbole pour l’histoire des femmes au Québec par «sa contribution unique à notre société et sa brillante carrière».

«Grâce à elle, notre code civil a connu une importante réforme qui a mis fin à l’incapacité juridique des femmes mariées, leur permettant ainsi d’exercer une profession, de gérer leurs propres biens, d’intenter des actions en justice, de signer des baux et de conclure des contrats. En tant que femmes, nous lui sommes donc énormément reconnaissantes.»

Le premier ministre Justin Trudeau s’est dit attristé par la nouvelle de son décès dans un message envoyé sur Twitter, rappelant les «premières» accomplies par la politicienne.

Le chef du Parti québécois (PQ), Pierre Karl Péladeau, l’a qualifiée de «pionnière de l’émancipation des femmes au Québec».

«Mme Kirkland−Casgrain a marqué le Québec, notamment par les nombreuses luttes qu’elle a menées pour la défense des droits des femmes. Pendant 12 ans, Mme Kirkland−Casgrain a été la seule femme à siéger à l’Assemblée nationale. Toutes les Québécoises et tous les Québécois lui doivent beaucoup», a déclaré le chef péquiste.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a salué ses réalisations dans un communiqué.

«Celle qui fut la première à briser le plafond de verre pour toutes les femmes en politique québécoise et qui a inspiré tant de députées à l’Assemblée nationale n’est plus. Le Québec perd aujourd’hui une grande dame, une dame qui s’est illustrée non seulement comme pionnière, mais comme une grande ministre de l’histoire du Québec», a déclaré M. Legault.

Claire Kirkland avait épousé l’avocat Philippe Casgrain en 1954. Le couple a eu trois enfants et a divorcé quelques années plus tard. En 1990, elle avait épousé l’avocat Wildham Alfred Strover, un ancien compagnon de classe.

La Presse Canadienne

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