14 novembre 2018
Au revoir M. Landry
Par: L'Oeil Régional
Bernard Landry en juin dernier. 
Photo: Yann Canno - Archives

Bernard Landry en juin dernier. Photo: Yann Canno - Archives

Il y a quelques années, nous perdions Pierre Falardeau, puis vint le décès de M. Parizeau. Je me rappelle avoir pleuré à chaudes larmes dans mes céréales d’abord cette voix libre et forte qui allait tant me manquer puis cet homme qui avait tant donné de lui-même à la chose publique, au meilleur pour son peuple.

À eux deux, ils m’auront inspiré la parole venant du cœur, libérée, celle qui vient des tripes sans le vernis dont on trempe le bois, trop souvent mort. C’est dans leur lumière que je me fis la promesse d’œuvrer ardemment à la défense de mon pays; n’était-ce pas à mon tour maintenant de mettre l’épaule à la roue?! Et aujourd’hui c’est M. Landry qui nous quitte, qui aura de sa confiance, de son verbe et de sa présence assurée porté un idéal jusqu’à l’orée de son trépas. Pour l’avoir croisé je ne sais plus combien de fois dans divers événements citoyens, militants ou politiques, M. Landry avait à la fois la force de ses convictions mais aussi et surtout l’immense courage que demande la cohérence d’une telle passion. Et si chacun de ses prédécesseurs m’ont légué à leur manière une part d’inspiration, M. Landry, lui, me lègue l’envie, et le devoir, de la persévérance. Ministre, il a soutenu la création de la Maison nationale des Patriotes, député de Verchères, on le croisait chaque année à la Fête de la Victoire et on pouvait l’entendre animer nos cœurs de ses discours enflammés. C’est à une de ces occasions, comme premier ministre, qu’il fit du «Victoria Day» la Journée nationale des Patriotes, corrigeant ainsi cette insulte à notre mémoire.
Il est étrange, à l’image de nos amours perdues ou des chances négligées, que nous ne réalisions que trop tardivement l’ampleur ou la beauté de ce qui fut, comme pour ces hommes qui de leur vivant furent grande gueule ou belles-mères. Nous faudra-t-il perdre chaque esprit libre et combatif en ce pays pour se rappeler combien nous fûmes forts et grands, perdre l’usage de notre langue pour s’ébaubir devant nos poètes oubliés et notre histoire inachevée, se perdre nous-mêmes pour toujours pour s’imaginer enfin ce que nous aurions pu être?
S’il y aura bien six ou huit frères et sœurs pour porter M. Landry dans sa dernière marche sur terre, ne devrions-nous pas être des milliers à porter ses idées!? J’en serai.

Me Cédric G.-Ducharme, LL.B, MBA
Militant du Parti québécois

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