25 janvier 2018
André Déry quitte les rênes de la Maison Victor-Gadbois
Par: Denis Bélanger

André Déry. Photo : Karine Guillet

Une page d’histoire s’est tournée pour la Maison de soins palliatifs Victor-Gadbois. Le 29 décembre était la dernière journée de travail du directeur général André Déry qui est dans le sillon de l’organisme depuis sa première année d’existence en 1992. Cet homme de cœur et de chiffres a pris sa retraite avec le sentiment du devoir accompli et l’assurance que ses successeurs poursuivront son œuvre.

M. Déry s’est d’abord joint à l’organisme basé à Saint-Mathieu-de-Beloeil en tant que membre du conseil d’administration. C’est son voisin médecin qui lui avait dit que la maison avait besoin de ses compétences. Le résident d’Otterburn Park avait un curriculum vitae assez bien rempli, ayant notamment roulé sa bosse en marketing pour les brasseries O’Keefe et Molson, où il a occupé des postes de vice-président. «Ça n’a pas pris de temps à me convaincre. Je suis allé voir le médecin généraliste, le Dr Marcel Marsolais, et on m’a accepté.»

 

En siégeant sur le C.A, André Déry s’est aperçu que le Maison Victor-Gadbois connaissait des problèmes financiers. «La finance, c’était ma force. À la brasserie, même si j’étais dans le marketing, quand ça discutait de finances, on me demandait de venir, se rappelle-t-il. La Maison faisait un déficit, il fallait faire quelque chose.»

 

Le Dr Marcel Marsolais a alors offert la direction générale à M. Déry. Ce dernier était aussi courtisé au même moment pour occuper un poste qui l’aurait amené à voyager partout à travers le pays, offre qu’il a toutefois déclinée.

 

Selon l’homme de 79 ans, le passage d’un brasseur de bière à une maison de soins palliatifs n’a pas été difficile. D’ailleurs, les déficits se sont effacés à sa venue. «C’est un monde de contacts. La fonction de directeur général de Victor-Gadbois est d’aller chercher de l’argent et j’avais le carnet d’adresses pour le faire», ajoute-t-il.

 

André Déry est heureux que l’organisme ait pu compter durant toutes ces années sur le soutien de nombreux donateurs, acteurs économiques et bénévoles.

 

Un bon vendeur

M. Déry n’a pas besoin de tester la qualité des produits et services qu’il vend. Il a notamment travaillé chez le fabricant de tabac Rothmans, sans jamais avoir fumé. Mais pour être embauché, il avait dû prendre de front le patron. «J’avais passé trois entrevues, mais on ne me donnait pas de nouvelles. Je lui avais demandé si c’est le fait que je ne fumais pas qui faisait en sorte qu’il ne m’embauchait pas. Je lui ai dit “si vous m’engagez, c’est pour vendre les cigarettes, pas pour les fumer”.»

 

Ce trait de caractère a suivi M. Déry toute sa vie. Il a d’ailleurs une hantise de la mort et de la maladie. Il ne s’est jamais pointé dans une chambre d’un résident de la Maison Victor-Gadbois. Quand il assiste à une cérémonie funéraire, il évite de s’approcher du corps et du cercueil. Il ne se mêlait jamais des soins à l’organisme. Il laissait aux personnes formées dans le domaine la responsabilité de choisir le personnel associé aux soins. L’administrateur faisait donc confiance aux gens de son entourage, mais exigeait toutefois qu’on l’informe de tout, que ce soit positif ou négatif.

 

Une longue réflexion

André Déry songeait à la retraite depuis un bon moment déjà. Il a scindés ses responsabilités en deux, financement et soins, et nommé deux adjointes pour bien préparer la relève. Il ne regrette aucunement son choix . «Je peux partir sachant que le travail va continuer de bien se faire.»

 

M. Déry serait peut-être parti un peu plus tôt, mais un projet d’importance s’est imposé: la construction d’un centre de jour. «Lorsqu’est arrivé la proposition du ministère d’ajouter des chambres, j’ai dit non. Mais après, on parlait d’un plan d’avoir un centre de jour. Les gens à la table m’ont regardé et m’ont dit que c’était une bonne idée, se rappelle-t-il. Je me suis dit, quand le centre de jour va rouler, je vais quitter.»

 

Le directeur général à la retraite entend démontrer une certaine fidélité envers la Maison Victor-Gadbois, mais n’entend pas jouer les belles-mères. Il a refusé de siéger au conseil d’administration ou de faire du mentorat. «J’ai vu ça par le passé. Quand les gens prenaient leur retraite et revenaient, la façon de faire avait changé. Mais ces gens-là critiquaient. Mais c’est certain que je vais continuer à soutenir la maison et à assister à certains événements.»

 

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