8 mai 2020
Vivre son deuil en temps de pandémie
Par: Denis Bélanger

Isabelle Gauvreau. Photo Robert Gosselin | L’Œil Régional ©

Le confinement imposé par le coronavirus a modifié le processus de deuil pour ceux qui ont perdu un être proche pendant la pandémie. Les corps ne peuvent être embaumés et les contacts avec le défunt sont interdits. La thérapeute en relation d’aide Isabelle Gauvreau partage plusieurs façons pour vivre un deuil en cette période particulière.

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L’Hilairemontaise est diplômée du Centre de relation d’aide de Montréal et détient un certificat d’étude avancée en accompagnement du deuil. Elle possède des bureaux à Montréal et aussi à Mont-Saint-Hilaire. Elle agit également comme officiante funéraire et donne plusieurs conférences sur le sujet du deuil.

« La mort a toujours été un sujet qui m’a fascinée. Malheureusement, il n’y a pas grand place dans la société où on peut se dire qu’on est en deuil. Les gens nous demandent comment ça va et on va finir par dire bien, même si ce n’est pas le cas, souligne Isabelle Gauvreau. Il faut, en tant que thérapeute, normaliser, dire à la personne endeuillée que c’est normal ce qu’elle vit. Nous avons perdu le langage de la mort, on dirait que ça ne fait plus partie de notre vie ou qu’il y a un malaise d’en parler. Maintes fois, j’ai entendu une personne dire qu’elle voulait appeler une personne endeuillée, mais ne l’a pas fait par crainte de déranger. »

Isabelle Gauvreau conçoit la mort comme étant une blessure relationnelle qui se guérit entre autres grâce au rituel funéraire. « La personne décédée n’est plus là, mais on aurait aimé continuer à être en relation avec cette personne. Le rituel funéraire va rendre vrai le fait que la personne est décédée. On voit le corps ou l’urne et on reçoit de l’empathie et du réconfort de la communauté. Tout ça sert à enclencher le processus du deuil, qui prend du temps. »

En temps de crise

L’absence de participation ou la modification draconienne du rituel funéraire en temps de pandémie peut avoir des effets néfastes chez une personne. Isabelle Gauvreau estime que les gens peuvent notamment rester pris avec un sentiment d’irréalité, car ils n’étaient pas à la cérémonie ou ils n’ont pas vu le corps. « Les expressions qui ne sont pas exprimées durant le deuil ne disparaîtront pas et prendront d’autres formes comme des maux de tête, nausée ou perte d’appétit. »

Plusieurs gestes simples peuvent être faits pour vivre le deuil, de l’avis de Mme Gauvreau. « On peut prendre un moment pour soi, tout arrêter et regarder la photo de son proche devant soi. Nous pouvons aussi à titre d’exemple faire une recette de son proche pour honorer sa mémoire. En pandémie, on pourrait utiliser Zoom pour chanter ensemble une chanson. C’est un sentiment fort qui unit pour l’avoir déjà fait en rituel funéraire. […]Les gens ont peur d’être anéantis par le deuil. C’est un moment intense, mais on n’en meurt pas. »

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