30 septembre 2020
Virage au rouge
Par: Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Je préparais une chronique sur la transparence municipale, une suite à mon éditorial La même opacité, publié plus tôt en septembre. Un texte qui a énormément fait réagir à ma grande surprise. Les lecteurs semblent friands de plus de transparence et de compréhension du monde municipal. Nous aurons l’occasion d’y revenir.

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Je roulais mardi matin en direction du bureau et je n’avais pas la tête à ça. Je pensais d’abord à mon horaire de la semaine. Est-ce que j’allais venir travailler au bureau ou je retournerais en confinement, alors que je valse entre l’orange à la maison et le rouge au travail ?
Puis, j’ai pensé à Normand L’Ecuyer, le directeur des Diffusions de la coulisse. J’ai eu un long entretien avec Normand alors que le Centre culturel dévoilait enfin une programmation automnale « adaptée COVID », avec mesures sanitaires, distanciation sociale pis toute pis toute. Tout ça pour rien, du moins en partie. J’étais un peu fâché, tant de travail, tant d’effort pour devoir finalement remettre tout sur pause pour 28 jours.
Je pensais à mon frère, directeur artistique à L’Arrière Scène, le diffuseur jeunesse qui partage la scène du Centre culturel avec les Diffusions de la coulisse. Je ne sais pas ce qui arrivera de leur pièce en résidence. Je me mets une petite note pour lui parler.
Et en pensant au milieu culturel, je pense évidemment à nos musées, qui, eux aussi, pouvaient recommencer à respirer. Faudra retenir son souffle encore un peu.
Je roulais dans le Vieux-Belœil avant d’arriver au bureau et je regardais les salles des restaurants, encore calmes à 7 h le matin. Mon amie Marie me disait qu’on allait enfin pouvoir aller déjeuner, elle que je n’ai pas vu depuis le début de la pandémie. Va falloir remettre ça encore. Ou nous allons à Saint-Hyacinthe?
Je pensais à ces restaurateurs. Cet été, ils ont pu « souffler » un peu. Du moins, à peine, j’imagine. Certains ont même profité de nouvelles consignes pour faire déborder leur terrasse dans le stationnement et le gazon. Les chaises sont maintenant soufflées par les vents de l’automne dans la salle à manger. Des chaises qui resteront inoccupées pour les 28 prochains jours…
À voir ma tête, vous devez bien voir que je ne passe pas beaucoup de temps chez la coiffeuse! J’irais donc faire mon « social » au gym; me reste à peu près que cet endroit. J’imagine le soupir de soulagement du proprio, qui avait la mine un peu basse lundi avant l’annonce de François Legault. Faut croire que la santé du corps et la soupape de la pression mentale dictaient un maintien de l’ouverture.
Le Journal de Montréal titrait hier en une « 28 jours de punition ». Quand je pense au Centre culturel de Belœil, je trouve que oui, la pilule est difficile à avaler. Pense pas que d’entasser 89 spectateurs dans une salle pouvant en accueillir 400 soit un problème de santé publique. Mais puisque l’idée est de garder le milieu de la santé fonctionnel, d’empêcher le confinement total et de maintenir les élèves à l’école, j’imagine que la culture et le divertissement sont le prix à payer.
Tout ça a un petit quelque chose de « déjà-vu ». Hier matin, en sortant de la maison, j’ai laissé tomber la veste tellement il faisait chaud. Une belle température, j’avais l’impression d’être en mai. Oui, c’est encore le printemps pour 28 jours.

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