28 février 2018
Les mains dans la gravelle
Une première représentation sensoriellement adaptée
Par: Olivier Dénommée
Simon Boulerice
Photo: Robert Gosselin

Simon Boulerice Photo: Robert Gosselin

Simon Boulerice connaît la pièce Les mains dans la gravelle comme le fond de sa poche. Pas surprenant, puisqu’il en est l’auteur et l’unique comédien, lui qui estime avoir présenté cette création de L’Arrière Scène près de 200 fois depuis 2011. Il se compromet pourtant en proposant une version «sensoriellement adaptée» pour les enfants autistes ou atteints de toute déficience sensorielle le 11 mars.

«La pièce a été créée avec Serge Marois (le directeur artistique de L’Arrière Scène), qui m’a invité en résidence d’écriture en 2009-2010. Ça a donné Les mains dans la gravelle, qui traite du regard que l’enfant porte sur la pauvreté. C’est aussi un beau prétexte pour parler de l’art qui permet de s’émanciper», explique Simon Boulerice, lui-même à la codirection artistique de L’Arrière Scène.
C’est une collègue, Eveline Payette, responsable des relations avec le milieu scolaire et de la médiation culturelle et mère de deux enfants autistes, qui a eu l’idée de proposer une représentation adaptée sensoriellement dans la programmation 2017-2018. «Elle m’a demandé si j’acceptais que ce soit tenté avec ce spectacle que je connais sous toutes ses coutures. J’ai trouvé que c’était un beau défi et un beau tremplin pour faire boule de neige», poursuit le comédien, estimant être le premier à proposer cette formule pour du théâtre jeunesse au Québec. Il espère que ce précédent incitera «les compagnies à ouvrir leurs portes à toutes sortes de spectateurs».

Spectacle inclusif
Concrètement, la représentation est adaptée pour être moins intense au niveau des sens. C’est pour cette raison qu’il demeurera une lumière d’ambiance dans la salle et que le volume de la musique sera adouci. Les enfants auront accès à un toutou avec un poids, permettant de leur rappeler leur présence corporelle, et à des coquilles coupe-son, s’ils en éprouvent le besoin. Ils sont également invités à entrer et sortir de la salle au besoin. «De mon côté, je dois le plus possible briser le quatrième mur. Avant la représentation, je serai déjà dans mon personnage et je vais accueillir les spectateurs à l’entrée de la salle. Ils vont me voir et pourront m’associer à mon personnage sur scène. Pour plusieurs, c’est rassurant», ajoute le comédien. Malgré les différentes mesures prises pour rendre l’expérience inclusive, il demeure conscient que le spectre de l’autisme est très large et que certains cas sont plus sérieux que d’autres. «On a confiance que les parents seront à l’affût, et qu’ils se tiendront plus près de la porte en cas de besoin.» Il ajoute que «les enfants autistes ont aussi envie de voir des spectacles, mais [que] ce sont les parents qui ont peur de la réaction des autres», et que comme il propose une prestation adaptée, les spectateurs sauront se montrer plus conciliants. Le nombre de places sera limité et ne devrait pas excéder 75 spectateurs.
Selon Simon Boulerice, la réponse que connaîtra cette formule dictera la suite des choses. «On va jauger les réactions, mais on est très favorables à l’idée de retenter l’expérience dès l’an prochain!» Une création muette de L’Arrière Scène doit d’ailleurs voir le jour en octobre 2018 et pourrait proposer une version adaptée sensoriellement si la demande est au rendez-vous.
La prestation du dimanche 11 mars à 11h de Les mains dans la gravelle servira donc de baromètre pour la suite des choses. La performance grand public est présentée la même journée, à 15h, et les représentations scolaires, du 12 au 15 mars.

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