31 mai 2018
Une affaire de lunettes
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Rien. Un sans-papiers. Aujourd’hui, un héros national. Bon, fallait le faire. Grimper un immeuble de quatre étages pour sauver un bébé. Mamadou Gassama n’a pas hésité. L’homme de 22 ans n’imaginait pas que sa bravoure deviendrait un acte politique, par la force des choses.

Le Spiderman originaire du Mali a ensuite été reçu par le président de la République lui-même. Récupération politique diront les uns. Certes. Mais Emmanuel Macron n’avait pas le choix; la seule récompense possible pour ce jeune homme est de lui accorder la naturalisation.
Ces questions de l’immigration française nous laissaient de glace. Depuis quelques mois, elles nous concernent. Depuis la Syrie. Depuis l’exode américain des Haïtiens. Depuis les attentats terroristes dans nos bulletins télévisés. Depuis les accommodements raisonnables et la Charte des valeurs. Depuis que des chroniqueurs pompés crachent leur fiel quotidiennement dans nos journaux et nos radios pour nous parler de radicalisme et de méfiance. Depuis que des groupes identitaires affublés de noms de loup, collés un peu trop à droite, avec un langage militarisé, tentent de nous faire peur.
Selon un récent sondage Ipsos – La Presse auprès de 2001 électeurs, plus de 76 % des répondants trouvent que les immigrants veulent trop imposer leurs valeurs et leurs religions.
Je pense que je me fatigue. Pas une journée ne passe sans que je me fâche en lisant un chroniqueur sans nuances ou en tombant sur un commentaire Facebook haineux. «Ce n’est pas la Charte qui me donne envie de fuir le Québec ces jours-ci, c’est le débat sur la Charte», disait Pierre Foglia en 2013, dans un de ses textes souvent cités, Arrête Madame Foulard. Me sent comme lui aujourd’hui.
Cette semaine encore, ma collègue dresse le portrait de cet immigrant roumain qui nous fait profiter de son savoir informatique. Ça me fait repenser à tous les immigrants que j’ai côtoyés, du mari de ma cousine à l’étudiant dans mes cours d’université. Ces travailleurs étrangers que je croise chaque jour dans les rues de mon village. Le livre de Laferrière sur mon bureau qui me rappelle que c’est grâce à un Haïtien d’origine que ma patrie peut afficher avec fierté sa culture dans le reste de la francophonie. C’est peut-être ma paire de lunettes qui teinte mon regard envers l’immigrant, y voyant une source de partage et non d’envahissement.
«Ouain, mais la burka.» Ta yeule! Y a jamais un immigrant qui est venu dans ta cour te parler de voile. T’as probablement jamais vu une burka de ta vie. «Exister, c’est combattre ce qui me nie», hurlent les drones d’Atalante en crashant les bureaux de Vice Québec. Voyons le clown, t’es pas en guerre. Personne ne te nie.
Si tu penses trop à la guerre, rappelle-toi que les seuls tireurs fous dans notre pays sont nés en cette terre natale et qu’ils avaient la peau pas mal claire.
Un peu de tout et de rien dans ce texte. À la saveur des réseaux sociaux et de ses mélanges débridés. En fait, c’est peut-être un peu une mise en garde pour les élections de l’automne. Disons plutôt un souhait. Celui d’un peu de respect dans le débat.

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