5 janvier 2016
Un sondage de la Ville de Belœil critiqué par des spécialistes
Par: L'Oeil Régional
Selon un sondage de la Ville de Beloeil, 65% des résidents sont en faveur du projet présenté par la municipalité.

Selon un sondage de la Ville de Beloeil, 65% des résidents sont en faveur du projet présenté par la municipalité.

BELŒIL.Un sondage de la Ville de Belœil sur la construction d’un centre aquatique, commandé au coût de 5600$, révèle que 65% des répondants sont favorables au projet de la municipalité contre 24% défavorables. Certains professeurs universitaires spécialisés en sondage critiquent toutefois le questionnaire soumis aux participants.

La firme L’Observateur a mené ce sondage téléphonique auprès de 400 personnes durant la première semaine de novembre. Au total, neuf questions, entourant le projet d’un centre aquatique et la tenue d’un référendum, ont été posées. 

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Les élus municipaux ont décidé de commander un sondage concernant le centre aquatique à la suite de la tenue du registre sur le règlement d’emprunt qui avait dépassé le nombre nécessaire de signatures pour bloquer le projet.

La Ville a rendu public les résultats et le questionnaire de ce sondage avant même que la firme achève son rapport. Le document remis à la mi-décembre au journaliste et consulté par des spécialistes à la demande de L’OEil Régional ne contenait ainsi aucune méthodologie.

Question 6: 80% favorable?

Le sondeur a demandé aux personnes ayant répondu être défavorables au projet si elles changeaient d’opinion en sachant que le site choisi par la municipalité n’aurait pas d’impact sur le compte de taxes. 43% des gens défavorables ont alors répondu être favorables.

Pour affirmer que 80% des répondants sont favorable au projet de piscine, le sondage additionne ensuite le nombre de personnes favorables des questions 5 et 6.

Une formule que trouve «complètement farfelu», Guy Cucumel, statisticien et professeur au département des sciences de la gestion de l’UQAM.

«On mélange deux questions. Ce n’est plus la même question. Il aurait fallu la poser différemment et à tout le monde.»

M. Cucumel a l’impression que ce genre de question peut venir influencer l’opinion des répondants. «Les gens, en général, sont toujours prêts à accepter un tas de projets à partir du moment où ça ne touche pas leurs taxes. Le fait de leur dire que ça n’aura pas d’impact, j’ai l’impression que ça influence les gens qui vont être favorables au projet.»

Le porte-parole de la Ville de Beloeil, Louis-Jacques Pineault, estime que les résultats de la question 6 confirment plutôt que la promesse de la Ville concernant l’impact du projet sur le compte de taxes avait mal passé dans la population.

«Ces gens-là qui ont changé d’idée dans le sondage étaient persuadés que la piscine aurait un impact sur le compte de taxes.»

Connaissance du projet

36% des répondants disent ne pas avoir consulté le document de la Ville présentant le centre aquatique. Or, le sondage demande l’opinion de ces personnes à l’égard du projet.

Une façon de faire qui pose problème pour la professeure en méthodes de sondage au département de sociologie de l’Université de Montréal, Claire Durand.

«Il y a plein de gens qui disent qu’ils sont favorables ou défavorables sans l’avoir lu [le document]. Il aurait fallu détailler pour tout le monde les détails du projet pour savoir s’ils sont vraiment favorables.»

Selon elle, le sondage  aurait pu contenir plus de choix de réponses afin de savoir jusqu’à quel point les répondants avaient pris connaissance du document et du projet.

«C’est à la municipalité d’interpréter ce résultat avec les limites que la question [numéro 5] apporte», rétorque le président de L’Observateur, Jacques Pelletier, qui indique que les questions ont été élaborées par la firme et soumises à la Ville pour approbation.

Mme Durand croit aussi que les sondeurs auraient pu questionner les répondants sur les éléments du projet qui font débats (coût, emplacement, grandeur).  

 

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