1 mars 2019
Crise politique en Haïti
Un résident d’Otterburn Park sentait la tension monter de jour en jour
Par: Denis Bélanger

Antonio Di Lalla (à droite) effectue des voyages humanitaires en Haïti depuis une quinzaine d’années pour des fins éducatives. Photos gracieuseté

Antonio Di Lalla (à droite) effectue des voyages humanitaires en Haïti depuis une quinzaine d’années pour des fins éducatives. Photos gracieuseté

Antonio Di Lalla se trouvait en Haïti pour des fins humanitaires au moment où le pays était frappé par une vague de manifestations monstres et meurtrières contre le gouvernement en place. Même s’il ne s’est jamais réellement senti en danger, l’Otterburnois a qualifié les dernières heures en sol haïtien de stressantes. Il est finalement revenu au bercail le 17 février.

Président d’Action-Haïti, Antonio Di Lalla en était à son 15e voyage à Haïti pour assurer l’éducation et la scolarisation des habitants. L’enseignant de français a notamment construit une école en montagne en 2007 dans la région de Grand-Goâve, laquelle a dû être reconstruite à la suite du séisme de 2010. Les efforts de M. Di Lalla ont été soulignés le 9 mai 2016 par le lieutenant-gouverneur du Québec J. Michel Doyon, qui lui a remis la Médaille pour mérite exceptionnel (or), la plus haute décoration de ce programme de distinctions honorifiques.

Antonio Di Lalla et les autres membres de son équipe, dont son petit-fils, sont arrivés sur l’île le 27 janvier. Le groupe devait au départ rester cinq semaines. Mais la tension populaire est vite montée et les écoles ont été fermées une semaine et demie plus tard. L’Otterburnois demeurait à plusieurs kilomètres de la capitale Port-au-Prince, où les tensions étaient très fortes. « On avait la possibilité de rester. C’était relativement calme dans notre secteur. Mais sans savoir si la tension allait monter jusqu’ici, nous avons préféré partir. »

Il y a eu une courte période de trêve où les étrangers ont pu quitter le pays. Antonio Di Lalla et son petit-fils devaient être arrivés à l’aéroport de Port-au-Prince avant 10 h, le dimanche 17 février, car après, l’accès leur était fermé. Ils ont atteint la destination vers 9 h 40 à bord du taxi de Ronny, fidèle compagnon de M. Di Lalla avec qui il fait affaire depuis 12 ans. « Ça a pris deux heures de route environ. Notre chauffeur nous a dit “pas de Blancs en avant”, pour ne pas attirer les brigands qui voulaient de l’argent. »

Malgré les manifestations, plusieurs résidants n’entretenaient pas grand espoir avec le changement d’un gouvernement, a expliqué M. Di Lalla. « Dès mon arrivée à Laporte, j’ai senti dans le cœur des enseignants le découragement générant une ère de soulèvement. Non, on ne croit plus en un lendemain meilleur. Démettre le président et le premier ministre, et la chambre des représentants et le sénat, [c’est] quatre trente sous pour une piastre, souligne-t-il. Je ne vois pas moi non plus de résolution de problème immédiate avec un changement de gouvernement. Je crois profondément que la solution pour Haïti, c’est l’éducation. C’est pour ça qu’on y retourne. À titre d’exemple, on leur donne des poches de riz au lieu de les aider à cultiver le riz. Haïti est dépendant de l’aide humanitaire. La seule façon d’être indépendant, c’est l’éducation. »

Ces évènements n’empêcheront toutefois pas Antonio Di Lalla de retourner une nouvelle fois en Haïti pour poursuivre sa mission d’éducation. Il était présent en 2007, alors que des Blancs se faisaient kidnapper, puis lors du séisme en 2010, et en 2016, lors du passage de l’ouragan Matthew.

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