9 octobre 2019
Plaidoyer pour les ruches urbaines
Un résident de Belœil veut garder ses abeilles
Par: Vincent Guilbault
Claude Tellier pose avec ses deux ruches urbaines.
Photo Vincent Guilbault | L’Œil Régional ©

Claude Tellier pose avec ses deux ruches urbaines. Photo Vincent Guilbault | L’Œil Régional ©

C’est avec un pot de miel que Claude Tellier reçoit le journaliste à son domicile de la rue Chanoine-Pepin, à Belœil. Le jeune retraité de 59 ans a lui-même produit son nectar avec les 10 000 abeilles qui vivent dans ses deux ruches situées dans le fond de sa cour. Mais l’homme devra bientôt déménager ses colocataires s’il ne réussit pas à convaincre les élus de modifier la réglementation municipale sur les ruches en milieu urbain.

En 2017, Claude Tellier installe les deux ruches en se basant sur les consignes et la réglementation du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Il fouille sur le site web de Belœil et ne trouve pas de contre-indication; il décide alors de se lancer dans ce projet de retraite qu’il caresse depuis un bon moment. Il admet toutefois ne pas avoir pris le temps de contacter par téléphone un employé de la Ville pour se renseigner.
« Sur les sites du gouvernement du Québec, tout est disponible sur l’apiculture citadine, comme les règlements à suivre. Ils donnent toutes les grandes lignes, les conseils pour réussir, les responsabilités pour l’apiculteur. Je me dis que c’était réglementé. »
En juillet dernier, alors qu’il en est à sa troisième saison, M. Tellier reçoit un avis d’infraction de la Ville de Belœil puisque ses ruches contredisent la réglementation municipale et le zonage. Cet avis découle d’une plainte déposée à la Ville, probablement par un voisin.
Après plusieurs échanges avec des élus et les employés municipaux, dont la directrice de l’urbanisme et la mairesse de Belœil, Diane Lavoie, M. Tellier est placé devant un ultimatum : il doit défaire ses installations d’ici novembre.
M. Tellier tente maintenant de faire adoucir la réglementation en matière d’apiculture urbaine, surtout que l’activité est tolérée dans plusieurs municipalités environnantes comme Sainte-Julie, Brossard ou Saint-Bruno. Pour convaincre les élus, il propose de faire de ses ruches un projet pilote, comme ce qui s’est fait à Gatineau et qui a fait changer la réglementation. Un apiculteur urbain à Gatineau doit tout de même demander un permis.
« J’ai reçu un non catégorique des élus. Mais comment peuvent-ils refuser une tendance qui est mondiale du revers de la main », clame-t-il. Selon Caroline Nguyen Minh, porte-parole de la Ville, l’option du projet pilote pourrait peut-être sauver le rucher de M. Tellier, mais il doit d’abord convaincre tous ses voisins de l’appuyer dans sa démarche.

Aucun danger
Malgré une plainte contre son projet, Claude Tellier affirme que les abeilles ne dérangent pas son voisinage. Il remet chaque année un pot de son miel à ses voisins et ils ont tous de plus belles fleurs ou de beaux jardins, affirme-t-il. Il dit n’avoir jamais senti de malaise de la part de ses voisins immédiats.
Dans sa cour, il montre ses abeilles qui continuent de travailler malgré la présence humaine. « Une abeille n’est pas comme une guêpe. Elle ne tourne pas autour des humains », illustre-t-il, en plongeant sa main dans l’essaim, sans être dérangé par les abeilles. « Les gens mélangent souvent les deux. C’est moins fatigant que des mouches. »
Du côté de la Ville, on fait plutôt valoir que les ruches en milieu urbain sont interdites pour une raison de cohabitation avec le voisinage. La Ville mentionne aussi les questions des allergies et du manque de personnel pour la gestion.
S’il ne réussit pas à convaincre les élus de revoir leur position, M. Tellier entend déménager ses abeilles sur un autre terrain et éventuellement, peut-être déménager à son tour dans une municipalité plus permissive, même s’il vit à Belœil depuis 25 ans.

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