25 septembre 2019
Un projet qui menace le patrimoine, selon la Société d’histoire
Par: Sarah-Eve Charland

La Société d’histoire craint la démolition de plusieurs bâtiments du Vieux-Belœil. Photothèque | L’Œil Régional ©

La réalisation du Carré Saint-Jean-Baptiste représente une menace pour la conservation de l’identité patrimoniale du Vieux-Belœil, craint la Société d’histoire et de généalogie de Belœil–Mont-Saint-Hilaire qui a partagé ses préoccupations dans un mémoire déposé à la Ville de Belœil.

Le mémoire a été déposé auprès du conseil de Ville au cours des derniers jours. « Nous craignons vivement que le quadrilatère complet, dont sept bâtiments sur douze ont une histoire plus que centenaire et qui présentent tous des caractéristiques patrimoniales non négligeables témoignant de leur époque, soit sacrifié sur l’autel de la revitalisation », peut-on lire.

De plus, les auteurs sont préoccupés qu’un projet comme celui-ci pave la voie pour d’autres projets semblables en nommant le projet touchant le quadrilatère autour de l’ancien marché Pepin, sur la rue Guertin.

Le vice-président de la Société d’histoire, Roger Cloutier, espère que la Ville n’approuvera pas le projet proposé par le Groupe BBC. L’organisation a déposé son mémoire en opposition aux neuf avis publics de démolition publiés sur le site Internet de la Ville de Belœil le 13 septembre. Ces avis concernaient les demandes de démolition pour les immeubles sur les rues Dupré, Saint-Matthieu, Saint-Joseph et Saint-Jean-Baptiste. Les personnes intéressées pouvaient s’opposer à la délivrance des certificats d’autorisation en contactant la Ville avant le 23 septembre.

« Chaque fois qu’on parle de démolir une maison dans le Vieux-Belœil, ça nous interpelle. Dans certains cas, on considère qu’il n’y a pas de bonnes raisons de démolir les bâtiments. Notre opinion est qu’il faut préserver le patrimoine. Ce qu’on souhaite, c’est que la Ville ait une vision à long terme de ce que doit être le Vieux-Beloeil. Présentement, on est en train de le démolir morceau par morceau. Dans ce projet, c’est un gros morceau », mentionne M. Cloutier.

Il rappelle que l’inventaire du patrimoine bâti, un document conçu pour la MRC de La Vallée-du-Richelieu, n’est pas exhaustif. Ce n’est pas parce qu’une maison ne figure pas dans ce document qu’elle ne présente aucun intérêt patrimonial, selon la Société d’histoire. Tous les bâtiments du quadrilatère ne sont pas dans le même état de conservation, mais ils ont tous une histoire, observent les auteurs du mémoire.

« Peut-on raisonnablement permettre que d’autres soient démolies alors que l’expérience d’autres propriétaires de maisons construites à la même époque, et parfois beaucoup plus détériorées que celles qui nous préoccupent, démontre de façon convaincante qu’elles ont pu être restaurées ou rénovées avec beaucoup de succès? », continuent les auteurs.

Ces derniers craignent que ce projet modifie le visage du quartier et éclipse la valeur patrimoniale du Vieux-Belœil. Ces constructions modernes seront plus hautes, pourraient dominer le quartier, abriteront un plus grand nombre de personnes dans un espace plus restreint et utiliseront des matériaux moins naturels aux couleurs différentes, énumèrent-ils.

« Pas surprise »

La mairesse de Belœil, Diane Lavoie, assure ne pas être surprise de la position de la Société d’histoire. « Je savais d’ores et déjà qu’ils s’opposeraient à la démolition. Ils ont des propositions, comme aller voir le gouvernement, des choses comme ça que je trouve intéressantes. Ils sont arrivés avec des pistes de solution. On vient d’avoir le rapport. On va en prendre connaissance. On n’a pas eu la chance d’en parler avec le conseil. »

Le 24 septembre en soirée, les demandes de démolition ont été traitées par le Comité de préservation du patrimoine bâti. Au moment de mettre sous presse, on ne connaissait donc par la décision de la Ville. « J’ai déjà des recommandations du conseiller du district, Guy Bédard. Il a marché beaucoup avec les citoyens [lors d’une présentation]. Je vais les transmettre au comité », ajoute Mme Lavoie.

Le mémoire de la Société d’histoire sera remis au promoteur du Carré Saint-Jean-Baptiste. « Même si on parle de quatre bâtiments, il n’y a rien d’avancé vraiment. Il va travailler son dossier et va arriver avec des propositions au comité consultatif d’urbanisme. »

Mettre en application le règlement

Depuis juillet 2014, la Ville de Belœil a mis en place une réglementation obligeant les propriétaires à entretenir leur bâtiment dans un objectif de préserver les bâtiments actuels. Toutefois, avec le départ d’un directeur, « ça a tombé entre deux chaises », mentionne la mairesse. « Lors de la dernière rencontre du comité de préservation du patrimoine bâti, on a demandé de la ressortir et de l’appliquer. »

Des maisons ont été ciblées et catégorisées à haute teneur, moyenne teneur et basse teneur historique ou patrimoniale. « Il n’y avait pas juste [l’inventaire du patrimoine bâti] de la MRC. On avait ajouté des bâtiments. Ceux qui seront à haute teneur, on ne recevra plus aucune demande de démolition. Il n’y aura même pas d’admission. On ne veut plus vivre ça. On n’a jamais traité autant de dossiers de démolition dans les dernières années. C’est pathétique », mentionne Mme Lavoie.

Grâce à la loi 122, Belœil pourra envoyer un avis aux propriétaires qui négligent l’entretien de leur bâtiment ou effectuer les rénovations adéquates et les charger aux propriétaires.

À lire aussi:

image