31 octobre 2018
Les salopes ou le sucre naturel de la peau
Un drame de mœurs signé Renée Beaulieu
Par: Olivier Dénommée
Les salopes ou le sucre naturel de la peau met en vedette Brigitte Poupart (photo), mais aussi Vincent Leclerc, Nathalie Cavezzali, Normand D’Amour, Louise Portal et Romane Denis.  
Image tirée du film

Les salopes ou le sucre naturel de la peau met en vedette Brigitte Poupart (photo), mais aussi Vincent Leclerc, Nathalie Cavezzali, Normand D’Amour, Louise Portal et Romane Denis. Image tirée du film

Trois ans après la sortie de son premier long métrage, Le garagiste, la Grandbasiloise Renée Beaulieu propose un titre beaucoup plus évocateur, presque provocateur: Les salopes ou le sucre naturel de la peau, mettant en vedette Brigitte Poupart dans un rôle qu’on n’a pas l’habitude de voir au grand écran. La cinéaste a répondu aux questions de L’Œil Régional concernant ce film hors normes.

Avant même de savoir de quoi le film traite, son titre fait jaser. Renée Beaulieu admet avoir fait exprès. «Je voulais susciter l’intérêt du public avec Les salopes. En même temps, c’est une réappropriation du terme, qui est utilisé de façon ironique ici.»
Ce titre frappe d’autant plus l’imaginaire lorsqu’on sait que les scènes de sexe sont très présentes et très graphiques tout au long du film de 1h30. Par contre, Renée Beaulieu n’avait aucune envie de réaliser un film où la femme fait figure d’objet. «J’ai longuement étudié les relations hommes femmes au cinéma. Rarement les femmes ont le premier rôle et le point de vue présenté est souvent celui de l’homme, laissant un rôle de soutien à la femme.» Féministe engagée, la réalisatrice a voulu «renverser les stéréotypes» en proposant un film cru où la sexualité est bien présente, mais où le personnage principal, Marie-Claire, et les autres personnages féminins sont des sujets plutôt que des objets. «Les femmes dans mon film ne sont pas des victimes», résume-t-elle. Elle tient à préciser qu’en contrepartie, les hommes ne sont pas traités comme des objets non plus.
Sans surprise, Mme Beaulieu reconnaît que les scènes les plus difficiles à tourner ont été celles impliquant de la nudité. «Ce n’est facile pour personne, surtout quand on pense que les acteurs sont entourés de toute l’équipe de tournage! Ça prend de très bons acteurs pour y arriver. J’ai été chanceuse, mes acteurs étaient intéressés au scénario et aux questions féministes que je soulevais.» Elle soutient que le film, malgré le classement de 16 ans et plus, ne doit pas être considéré comme une œuvre érotico-dramatique, mais plutôt comme un drame de mœurs.

La réalisatrice Renée Beaulieu a écrit la première version de son film en 2011. Elle avoue avoir de nombreux projets cinématographiques en tête, dont certains pourraient se concrétiser dans les prochaines années.
Photo: Gracieuseté

Bien avant #MoiAussi
L’histoire de Les salopes ou le sucre naturel de la peau tourne autour de Marie-Claire Dubé (Brigitte Poupart), chercheuse en dermatologie et professeure d’université. Le synopsis, plutôt sobre, affirme qu’elle «entreprend un nouveau projet de recherche scientifique sur les cellules dermiques et la sexualité quand un enchaînement d’événements vient perturber sa vie professionnelle, familiale et surtout intime». Parmi les événements se trouve une plainte pour agression sexuelle faite par une étudiante contre un de ses collègues.
«Le mouvement #MeToo a commencé en même temps que l’on débutait notre tournage. Il faut se souvenir que, même si on en parle beaucoup depuis un an, les germes du mouvement existaient depuis bien plus longtemps», précise Mme Beaulieu, ajoutant que la première version du scénario remonte à 2011, signe que les questions de consentement et de comportements sexuels déplacés ne datent pas d’hier.
Présenté dans quelques festivals, dont au TIFF (le Festival international du film de Toronto), Les salopes ou le sucre naturel de la peau a eu droit à des critiques plutôt positives, dont celles le décrivant comme «rafraîchissant», malgré certains éléments plus controversés: le sujet de l’agression sexuelle, même si elle n’est que mentionnée, et la sexualité de l’adolescente (jouée par Romane Denis), encore très tabou. «Mais je m’attendais quand même à plus de controverse», admet Renée Beaulieu en riant.

Pour toutes les femmes
La cinéaste tenait à créer un film qui s’adresserait à toutes les femmes, peu importe leur âge, et espère que plusieurs découvriront le film en couple. «Ça devrait susciter quelques bonnes discussions après le visionnement», estime-t-elle. Les salopes ou le sucre naturel de la peau sera à l’affiche un peu partout au Québec dès le 2 novembre.

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