13 août 2020
Mont-Saint-Hilaire
Un discours environnemental plus présent chez Émile Grenon Gilbert
Par: Denis Bélanger

Émile Grenon Gilbert prêche par l’exemple en utilisant plus souvent un vélo qu’une voiture. Photothèque | L’OEil Régional ©

Un changement d’intensité et de ton s’est observé dans le discours politique du conseiller municipal Émile Grenon Gilbert depuis qu’il s’est dissocié du parti Avenir Hilairemontais à l’été 2019. Reconnu déjà pour ses préoccupations environnementales, le plus jeune élu de Mont- Saint-Hilaire ne rate maintenant aucune occasion pour marteler l’importance d’entreprendre la transition écologique.

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Les exemples illustrant ce virage ont été nombreux dans la dernière année. Il a milité pour le retrait de l’appui au troisième lien routier entre les deux rives. C’est aussi lui qui a sonné la charge pour voter contre le versement de la quotepart de la Ville à la MRC de la Vallée-du-Richelieu, car il jugeait qu’elle n’en faisait pas assez pour la transition écologique. Il a de plus encore dénoncé au conseil municipal le fait que la Municipalité plante encore des fleurs annuelles au lieu de vivaces.

« Quand tu es membre d’un parti, on assiste à un tout homogène qui vient diluer les extrêmes, explique M. Grenon Gilbert. J’ai toujours été vocal, mais pas aussi revendicateur. Je comprends comment c’est difficile de gérer une Municipalité sur le plan politique alors que tu tentes de plaire à tout le monde. »

Le conseiller municipal s’est essoufflé à essayer de convaincre les plus sceptiques. Beaucoup trop de gens tiennent l’environnement pour acquis, pense-t-il. « Je vois ça comme du greenwashing. On se dit qu’on a une voiture électrique, qu’on recycle et tout va bien ainsi. Mais non, tout ne va pas bien. »

L’urgence climatique est réelle, rappelle Émile Grenon Gilbert, qui a encore en tête une parole qu’une jeune fille lui a lancée l’automne dernier lors des marches pour le climat. « J’ai 28 ans et elle m’a dit qu’au moins moi, j’allais pouvoir mourir de vieillesse, poursuit-il. Il y a plein d’endroits dans le globe qui vont devenir invivables. Il va ainsi y avoir une immigration climatique massive pour éviter de rôtir ou d’être inondé. »

Un long processus

M. Grenon Gilbert est conscient que la transition écologique amènera chez plusieurs un changement draconien de leur vie et que cette métamorphose prendra des années à se concrétiser. « Ça prend un effort de guerre. Il faut consommer localement, payer des crédits, etc. Tout geste collectif ne commence-t-il pas par des gestes individuels ? Une fois que la somation des actions individuelles sera faite, ce sera plus facile pour les gouvernements et partis politiques de changer le cadre réglementaire. »

Pour illustrer où la plupart des municipalités en sont dans la transition écologique, l’élu reprend les propos d’Arthur Schopenhauer, un philosophe allemand du 18e siècle. Selon lui, dit le conseiller, il y a trois étapes importantes dans une révolution : le ridicule (comme quoi ça ne va pas arriver), le dangereux (notamment les modifications au monde de vie) et finalement l’évidence. « C’est ce qui est arrivé aux pesticides il y a 15 ans quand Mont-Saint- Hilaire a commencé à les interdire. Pour la transition écologique, nous sommes entre les deux premières étapes. »

Pour arriver à réduire les émissions de gaz à effet de serre, l’élu contemporain doit penser autrement, de l’avis du conseiller. « Ça prend un parti au pouvoir qui a des trucs impopulaires dans son programme et qui le dit clairement. Une fois élu, ce parti a la légitimité de faire les changements. Il faut toutefois que tu sois précis dans tes intentions. »

Une des solutions entre les mains des municipalités est le « redéveloppement » des quartiers autour des centres pour permettre aux résidents d’avoir accès à plusieurs services à pied. « Il y a une obstination au niveau des villes à dérouler le tapis pour du développement à l’autre bout du monde où ça ne dérange personne. Quand tu redéveloppes au centre, tu parles d’enjeux commerciaux et environnementaux. Mais ça ne pogne pas, les élus ont peur d’être critiqués. »

Émile Grenon Gilbert estimait ainsi que le projet de la rue Saint-Georges était un bon exemple de « redéveloppement ». « Tu es proche de tout, dont des axes de transport et à côté de la piste cyclable. C’est un projet favorable pour la transition écologique. J’aurais toutefois aimé que la charpente du bâtiment soit en bois. »

Entre optimiste et pessimiste

La crise de la COVID-19 a amené certains changements positifs de comportements sur le plan environnemental, selon Émile Grenon Gilbert. « Les gens se sont mis à acheter plus local. On le ressent chez les producteurs locaux et la vente de paniers de légumes. De plus, la multiplication du télétravail est géniale. Ça devient du troisième lien. Le meilleur déplacement sur le plan écologique est celui que tu ne fais pas. »

Émile Grenon Gilbert demeure toutefois pessimiste pour une transition écologique rapide, car l’automobile est encore utilisée abondamment. « Les gens utilisent encore leur véhicule pour aller acheter local. On se rend compte que la taxe sur l’essence ne marche pas comme moyen dissuasif pour délaisser les voitures. Les transports en commun y ont aussi gouté pendant la crise. Et là, le gouvernement dit qu’il ne respectera pas Kyoto. […] Il ne faut pas tarder, car la crise environnementale sera pire que celle que l’on vient de connaître. »

Pas d’ambition pour la mairie

Émile Grenon Gilbert affirme n’avoir aucune intention de briguer la mairie aux prochaines élections municipales. Il entend prêcher l’exemple autrement, notamment au sein de son entreprise hydroponique spécialisée dans les légumes à feuilles. « Je prouve que c’est possible d’avoir une entreprise à énergie positive et carboneutre. Je capte plus de carbone que j’en émets. […] Même si je ne suis plus élu, je vais continuer à m’impliquer et à être engagé. »

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