6 mai 2020
Les commerces fermés encore deux semaines
Un coup de massue pour les commerçants
Par: Denis Bélanger

Tout n’est pas noir, pense Justine Alexandre d’Espace Blanc de blanc, qui voit le report de l’ouverture comme une semaine supplémentaire pour adapter sa boutique. Photo François Larivière | LŒil Régional ©

Une énorme tuile est tombée lundi sur plusieurs commerçants de la Vallée-du-Richelieu. Les entreprises exclues des services essentiels et possédant une façade sur la rue, qui sont situés sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), doivent attendre jusqu’au 18 mai pour ouvrir leurs portes. Une situation qui risque de leur faire perdre de la clientèle au profit des magasins situés à proximité et hors du territoire de la CMM.

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Beaucoup d’entre eux sont furieux de la récente tournure des événements. Au départ, cette réouverture devait se faire le 11 mai, mais a été repoussée d’une semaine en raison du peu de marge de manœuvre dans les hôpitaux montréalais où plusieurs lits demeurent occupés. Là où le bât blesse, c’est que les commerces dits non essentiels à l’extérieur de la CMM ont pu ouvrir leurs portes dès lundi. La CMM couvre un grand territoire et s’arrête aux limites de Mont-Saint-Hilaire et d’Otterburn Park.

Sainte-Madeleine, Saint-Hyacinthe ainsi que les quatre municipalités de la Vallée-du-Richelieu longeant la rivière ne sont pas touchées, et leurs entreprises auront bénéficié d’au moins deux semaines d’ouverture de plus une fois le 18 mai arrivé.

La présidente de la Chambre de commerce et de l’industrie Vallée-du-Richelieu, Marie-Claude Duval, reconnaît que la situation est frustrante pour bien des commerçants. « Nous sommes d’avis que le gouvernement tente de bien faire les choses et que la situation est complexe à gérer. […] Ce report, crève-cœur, est-il nécessaire pour les entreprises de notre territoire, alors que peu de cas nous touchent directement et que la situation dans la Vallée-du-Richelieu semble sous contrôle à l’heure où l’on se parle? Y aurait-il moyen de limiter la zone concernée en arrêtant la délimitation à l’autoroute 30, par exemple? »

Colère

Plusieurs commerçants ressentent de la colère à la suite de l’annonce du gouvernement. Le copropriétaire du Sports Experts à Belœil, Jean-Guy Charbonneau, se préparait depuis la fin avril pour rouvrir. Il avait réussi à réaménager son commerce afin de pouvoir accueillir à nouveau les clients le 11 mai. Notons que M. Charbonneau ne peut toucher de revenus de la vente en ligne.

« Ce sont deux semaines qui nous rentrent dedans. Il fait beau, les gens vont vouloir s’acheter des chaussures et des vélos. Nous perdons par ce fait même le long week-end de la fête des Patriotes, commente M. Charbonneau. Je suis le gouvernement là-dedans pour respecter les consignes. Je ne veux pas être cowboy, mais la situation nous fait mal. Chaque jour, on fait des choses et nous devons les refaire, car les règles changent. On travaille ainsi un peu dans le beurre. »

Le coup est également dur à encaisser pour le concessionnaire Bardier Automobiles de McMasterville. Contrairement à d’autres concessionnaires, celui-ci n’offre pas de services de réparation ou de pose de pneus. « Je ne touche aucun revenu. Certains clients n’ont pas besoin d’essayer la voiture et j’ai des réservations de faites. Les véhicules ne seront livrés qu’à la réouverture, souligne le propriétaire Steve Bardier. Il y a quatre gros mois de vente dans l’année, soit mars, avril, mai et juin. Et là, nous sommes fermés justement dans la grosse période. »

Pour la propriétaire du magasin de chaussures Rieker Beloeil (anciennement connu sous le nom de Bon Pied Bon Œil), Anne Deroy, la situation risque même de jeter de l’incertitude sur l’avenir de son commerce si elle perdure. « Je sais qu’il y a des enjeux de santé publique. Ça touche les gros centres comme Montréal et Longueuil. Je trouve ça dommage que ça ait des répercussions jusqu’à Belœil. C’est certain que je risque de perdre de la clientèle, le client n’a qu’à faire 15 minutes d’auto pour aller à Saint-Hyacinthe. Si la situation ne s’améliore pas, est-ce que le gouvernement va encore reporter l’ouverture d’une semaine? »

Le report d’une semaine signifie également une catastrophe pour la Marina Saint-Mathias. Le commerce connaît ses plus importantes ventes en avril et en mai. « C’est excessivement décevant. On a une entreprise saisonnière. Reporter l’ouverture d’une semaine, c’est nous faire une jambette. On a énormément d’appels de clients qui veulent prendre rendez-vous parce qu’ils pensent qu’on n’est pas dans la CMM, affirme Stéphane Arsenault. La compétition n’est pas d’égal à égal. Les compétiteurs sont à côté. Les clients n’ont qu’à aller quatre sorties plus loin sur l’autoroute », poursuit M. Arsenault.

La boutique Espace Blanc de blanc de McMasterville, spécialisée dans les robes de mariage, connaîtra certainement elle aussi des pertes de revenus liées au report de la réouverture. Selon la propriétaire, Justine Alexandre, la réouverture se déroulera en saison basse. « C’est dommage. On a perdu énormément de revenus. C’est la fin de la grosse saison. On va rouvrir en période calme dans un contexte économique incertain. On va livrer des robes pour des événements qui n’auront pas lieu », mentionne-t-elle.

Même si elle n’a jamais vécu un aussi grand stress en tant qu’entrepreneure, elle demeure positive. Elle voit ça aussi comme une semaine supplémentaire pour adapter sa boutique. « On vend beaucoup plus qu’une robe. On vend une expérience. Jusqu’où tu vas vouloir acheter une robe avec un masque dans le visage ; quand tu n’es pas à ton meilleur? C’est quand même un achat important. Ça va changer 100 % mon modèle d’affaires. Ça fait trois ans qu’on est ouvert. Je viens à peine de finaliser mon modèle d’affaires et je dois le changer. On est des entrepreneurs. On va s’adapter. »

 

Avec la collaboration Sarah-Eve Charland.

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