23 juin 2020
Trop de mots
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

J’ai entendu deux choses qui m’ont confirmé encore une fois que la bataille des mots peut parfois nous empêcher de progresser. « Dis-moi donc, c’est quoi ça, le racisme systémique. » C’est ce qu’on m’a demandé ce week-end. J’ai tenté d’expliquer en mes mots qui sont, bien honnêtement, un peu profanes.

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J’ai aussi entendu dans ma cour, pendant un barbecue, une discussion sur la discrimination. « C’est clair que si t’as un nom arabe ou que tu es noir, tu vas avoir plus de misère. C’est triste, ça n’a aucun sens. » La personne qui a dit ça comprend donc le racisme. Elle comprend l’injustice. Elle ne comprend pas nécessairement l’expression racisme systémique. Pourquoi? Parce que ça ne fait pas partie de son quotidien. Parce qu’il n’est pas un chercheur en science sociale. Parce qu’il travaille, s’amuse, vit sa vie et, parfois, se pose des questions sur l’état de notre société sans avoir le vocabulaire d’un doctorant.
Petit retour en arrière. Au début de mes cours de politiques à l’université, j’adorais les étiquettes. Pourquoi? Parce que ça m’aidait à mieux comprendre. Droite-gauche, progressisme-conservatisme, libéralisme-communisme. Dis-moi dans quelle case je te cadre, je te dirai qui tu es.
Le problème, en divisant les gens en deux catégories, c’est que tu finis par avoir des gens divisés. Surtout, une société divisée. Ça veut dire que si tu n’es pas une personne de droite, bien tu es donc nécessairement de gauche. Et entre « être de gauche » et être « un go-gauche », il n’y a qu’un pas. Un seul pas entre militant progressiste et social justice warrior. Un seul pas entre être un conservateur moral ou un nazi.
Ou comme nous l’avons vu cette semaine dans notre parlement fédéral, entre le Bloc québécois et le chef Jagmeet Singh : tu crois au racisme systémique ou bien tu es… eh bien oui, raciste. Pas de juste milieu, pas de nuance. Deux clans.
Pourtant, porter une étiquette ne veut pas dire que nous embrassons toutes les idées de cette étiquette.
Par exemple, je me considère moi-même plutôt comme un féministe (ou allié des féministes, selon les courants). Mais, au risque d’en choquer quelques-uns, le débat auteure-autrice me laisse de glace. J’ai beau m’être renseigné et avoir lu beaucoup sur le sujet, je ne suis pas ému par le débat et je le trouve à la limite… futile. J’écris encore « auteure » et je n’ai pas l’intention de changer. Est-ce que ça fait de moi un ennemi à abattre pour la cause de l’égalité des femmes? À vous de voir.
La société est beaucoup trop complexe pour être divisée en gauche ou en droite. Et j’utilise le mot « divisé » justement pour marteler que de réduire nos idées à un axe avec deux extrémités n’a rien de bon.
Oui, c’est plus difficile pour un Afro-Américain ou une personne d’origine arabe de se tailler une place sur le marché du travail. Oui, les personnes de race noire se font plus souvent intercepter au volant de leur voiture ou se retrouvent plus souvent derrière les barreaux. Est-ce du racisme systémique? Peut-être. Moi, je pense que oui. Mais une personne est-elle raciste si elle refuse d’utiliser l’expression? Come on! Notre province est littéralement en train de brûler cette semaine et on s’obstine à savoir qui est le moins raciste de la gang. Nous pouvons faire mieux qu’un débat sur les mots.

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