5 juin 2019
Tourner en rond
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

« Un autre carrefour giratoire? Wow, Belœil tourne en rond. Ouais, blague facile. Puis ma collègue m’a souligné que c’est non pas un, mais bien plusieurs carrefours giratoires. Hein?

Oui, celui déjà sur Saint-Jean-Baptiste. Mais deux autres s’ajouteraient sur la même artère. Un sur Ange-Aimé-Lebrun et un autre encore plus au nord, près de la 20, qui déboucherait sur la rue Serge-Pepin. Pour ce dernier, j’ai dû sortir la carte.
Wow, ça veut dire que Serge-Pepin va traverser la moitié de la ville pour partir du Cinéma et du Rona pour se rendre sur Saint-Jean-Baptiste. C’est énorme.
Je ne compte pas le carrefour à venir sur le chemin de l’Industrie en 2020 et un autre qu’on espère un jour avoir à l’intersection Bernard-Pilon – Yvon-L’Heureux. Tant mieux, je suis un adepte du carrefour.
Mais ma réflexion matinale frise plutôt l’idée du changement. Je me rends bien compte que Belœil change de visage. Je ne m’en suis pas rendu compte à l’œil. Je roule toujours sur le bord de l’eau pour aller travailler. C’est un peu plus long, quelques minutes seulement, mais je préfère me nourrir métaphysiquement de la rivière que de l’autoroute et de la 116. Je vois peu sur ma route les changements à cette ville, sinon que le Vieux-Belœil se « modernise », les maudits dos d’âne pullulent tout comme les arrêts sur la rue Richelieu. D’ailleurs, d’année en année, sortir de Belœil en fin de journée semble me prendre plus de temps en longeant le bord de l’eau. Une impression.
Mais le changement se fait hors de ma vue. Un peu de la vôtre aussi : de nouvelles entreprises dans le secteur industriel, par exemple, avec Optima (5-6 M$) et Exceldor (35 M$) dans les derniers mois. Des investissements à coups de millions qui vont aussi renflouer les coffres de la Ville. Les surplus s’accumulent déjà!
Et une partie de ces surplus proviennent de la construction résidentielle. En 2018 seulement, la Ville a émis 817 permis et certificats de construction, ce qui représente un investissement record de 170 M$. Roulez sur Saint-Jean-Baptiste et vous verrez les maisons pousser comme des champignons dans les Bourgs à côté d’une piscine neuve et d’un complexe pour aînés actifs de Réseau Sélection (55 M$). Sans oublier l’école toute récente Au-Cœur-des-Monts. Si vous portez un peu plus loin votre regard, près de la 20, et que vous faites un léger bond dans le futur, vous pouvez voir le complexe récréotouristique du Faubourg Richelieu. Vous voyez? Tout près de l’Hôtel Rive Gauche qui continue de s’étendre? Peut-être votre vue est-elle bloquée par le nouveau développement commercial en blocs gris sur la rue Serge-Pepin? Celui avec le Starbucks, signe de la « prospérité économique ».
Il y a une certaine époque, la Chambre de commerce et d’industrie de la Vallée-du-Richelieu était un peu plus « lobbyiste » dans son approche et militait pour restreindre le développement commercial près de la 20 pour favoriser les commerces de la 116. L’essor prévu n’a peut-être pas eu lieu, mais l’endroit n’est pas exempt de développement, si l’on prend seulement la construction des Condos Lauriers, le plus haut bâtiment de la ville. Ou encore l’arrivée d’une bannière comme Winners et de quelques commerces si on roule vers McMasterville. Et cette semaine encore, l’annonce du projet de la rue Duvernay, qui doit voir le jour en 2020, tout près du Mail Montenach (ne pas oublier l’investissement de 275 000 $ de La Vie en Rose).
Je suis ici depuis seulement 12 ans et déjà la ville n’a plus le même visage. Ce n’est ni une réjouissance ni un deuil; seulement un constat en ce matin un peu frais de juin. Avec ses carrefours, Belœil semble vouloir nous dire d’avancer au lieu de tourner en rond.

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