15 juillet 2021
Tour sur pause
Par: Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

C’était un peu un secret de polichinelle, mais le vrai pari de tous les opposants à la venue d’une tour Telus sur le territoire d’Otterburn Park était de faire traîner le dossier en longueur. La pandémie aura peut-être été leur meilleur allié, alors que Telus vient de mettre sur pause tout projet de tour avant 2023.

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L’entreprise Telus a pourtant toujours eu le droit de bâtir une tour sur le territoire d’Otterburn Park. Industrie Canada est plutôt permissive en la matière et Telus n’avait qu’à démontrer que sa couverture cellulaire présentait des lacunes dans la région pour obtenir le feu vert des autorités. Ceci couplé avec une obligation de procéder à des consultations publiques et à des séances d’information auprès de la population; rien de très contraignant pour une entreprise de cette envergure. C’était donc plutôt dans la poche.

Les opposants ont d’abord manifesté leur mécontentement sous plusieurs formes : pancartes, réunions, mobilisations, etc. Le but? Faire mal paraître Telus pour le forcer à revoir la pertinence de sa tour.

Puis la contestation s’est rendue devant les tribunaux. La Ville d’Otterburn Park a essayé de renverser la décision d’Industrie Canada, sans succès. En décembre 2019, la Cour fédérale rejetait la demande d’Otterburn Park. Encore une fois, Telus avait toutes les cartes en main pour aller de l’avant avec son projet.

Même si les gens n’en voulaient pas. Et une phrase du juge Luc Martineau illustrait à merveille cette contradiction. « L’opposition continue de la Ville et de ses citoyens au projet de site cellulaire n’est pas un motif valable en droit pour suspendre plus longtemps encore le projet […]. »

Le juge interprète la loi, pas l’opinion publique, c’est normal. Mais ça fait quand même mal de savoir que l’opinion de la population a si peu de poids devant une compagnie privée.

La suite du dossier s’est déroulée derrière des portes closes entre Telus, le bureau du député et chef du bloc Yves-François Blanchet et la Ville d’Otterburn Park. Aux dires de M. Blanchet, les différentes interventions « insistantes » de son bureau ont poussé Telus à finalement changer son fusil d’épaule.

Probablement en bonne partie, j’ose croire. Il reste toutefois le facteur pandémie. C’est à se demander si la pandémie n’aura pas été le dernier clou dans le cercueil du projet. Simplement le temps qui passe. Le fait que la technologie de la 5G cogne à nos portes et que la compagnie doit reconduire encore tout le processus de consultation publique depuis le début en raison de l’échéance périmée de son droit de construire. Ça commence à être du trouble, surtout pour une installation dont personne ne veut.

D’ailleurs, petite conclusion sur l’acceptabilité sociale. Même si une population presque entière ne voulait pas de cette tour, l’entreprise pouvait toujours se draper de la légalité pour aller de l’avant. Mais l’acceptabilité sociale ne devrait-elle pas être la première condition d’autorisation pour un projet? C’est ce que pense Yves-François Blanchet. « Les entreprises doivent tenir compte de l’acceptabilité sociale. Elles doivent respecter et même prioriser les juridictions québécoises et municipales », dit-il. Même si Industrie Canada dit oui.

Et pourtant, ce n’est probablement pas ce qui a tué le projet. Telus se retire sans concéder l’importance de l’aspect qu’est l’acceptabilité. Victoire, certes. Mais nous n’avons pas créé de précédent ici. La vigilance reste donc de mise.

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