17 août 2017
Une mère décrie le manque de ressources
Son fils dans la rue depuis 18 ans
Par: Karine Guillet

Fautes de ressources dédiées aux personnes à risque d’itinérance, Alain d’Amours constate des personnes de la Vallée sont souvent référées à Saint-Hyacinthe ou Longueuil. photo:Archives

Résidente de Mont-Saint-Hilaire, Lise* a vécu l’itinérance de près. Son fils avait 31 ans lorsqu’il s’est retrouvé à la rue pour la première fois. Aujourd’hui âgé de 48 ans, il continue de vivre dans la rue. La mère déplore le peu d’options disponibles pour venir en aide aux itinérants.

Aujourd’hui, le fils de Lise soutient avoir fait de l’itinérance un véritable mode de vie, affirme sa mère. Elle témoigne qu’il est aujourd’hui incapable d’entreprendre des démarches seul. «Il y a eu un temps où mon fils était plus conscient de vouloir trouver de l’aide. Si on lui en avait trouvé, il ne serait peut-être plus dans la rue», raconte-t-elle.

Directeur du Centre d’intervention de crise en santé mentale Contact Richelieu-Yamaska, Alain d’Amours croit que les ressources dédiées à l’itinérance dans la région sont insuffisantes. Il convient que certaines personnes en situation d’itinérance temporaire ont peut-être fini avec le temps par devenir des itinérants cycliques, en raison d’un manque d’organismes dédiés à la réinsertion.

«Il va falloir qu’on trouve quelque chose parce qu’il y a un besoin à Saint-Hyacinthe au niveau de l’itinérance, c’est clair net et précis, et il faut qu’on s’y atèle.»

Hébergement temporaire

Contact est derrière la Maisonnée, un refuge de six places pour les personnes itinérantes qui affiche chaque année un manque financier à gagner important. Aussi, il est de plus en plus difficile de trouver des surveillants éligibles à des subventions d’Emploi-Québec qui sont prêts à travailler de nuit. La Maisonnée pourrait embaucher des intervenants au refuge, à condition d’avoir davantage de sous.

Le fils de Lise fréquente aujourd’hui la Maisonnée plusieurs jours par semaine. Elle considère que la ressource a sauvé la vie de son fils.

Le cas de son fils est d’ailleurs similaire à celui de nombreux usagers de la ressource, qui sont devenus avec le temps des habitués du refuge. Pour cette raison, le directeur soutient qu’une nouvelle ressource qui pourrait offrir des logements temporaires, sans bail, serait une solution intéressante. Il souhaite étudier la question, rappelant que les gens dont l’itinérance est devenue un mode de vie sont incapables de fonctionner dans la société. «Ils pourraient habiter de temps en temps dans un logement et repartir dans la rue. Il faut leur laisser cette liberté là, qu’il ne soient pas obligés de signer un bail pour tant d’année, ils ne sont pas capables de faire ça», dit-il.

Système judiciaire inefficace?

Lise raconte que son fils a d’abord pris le chemin de la rue en raison de problèmes de dépendance à la drogue. S’il a fait au fil des années quelques tentatives de désintoxication, il a toujours fini par rechuter.

Depuis qu’il vit dans la rue, Lise estime que son fils a été emprisonné plus d’une dizaine de fois, pour des délits mineurs. Elle croit que la répression est totalement inefficace. «J’ai l’impression que ça ne le dérange pas. Il sait où aller. Il est au chaud et il mange», lance-t-elle.

Elle se demande pourquoi les ressources judiciaires n’en font pas plus pour offrir des services d’intervention, comme la désintoxication ou des évaluations psychiatriques, afin de réhabiliter son fils. Elle se rappelle que son fils a même déjà écopé d’une peine d’emprisonnement de quelques mois dans un centre de détention en Estrie, où il avait notamment eu droit à des services médicaux. Mais à sa sortie, il avait vu sa demande pour aller vers une maison de transition refusée, parce que sa peine n’était pas assez grande. «Pourquoi attendre qu’ils soient devenus de grands criminels pour avoir accès à ces ressources là? C’est aberrant.»

Certaines municipalités, comme Montréal, ont d’ailleurs mis en place des initiatives pour les personnes itinérantes judiciarisées afin de les inciter à se reprendre en main en échange de peines réduites ou d’annulation de contraventions. Chez Contact, M. D’Amours observe qu’une alternative à la judiciarisation pourrait aussi être intéressante à Saint-Hyacinthe, si les ressources nécessaires étaient en place. «On parle d’intervention. On ne l’a pas à Saint-Hyacinthe cette alternative-là. Il n’y a personne qui va s’occuper des itinérants au niveau de l’intervention. Nous sommes un refuge, mais nous ne faisons pas d’intervention», dit-il.

Projet de logements de transition à Mont-Saint-Hilaire

Fautes de ressources dédiées aux personnes à risque d’itinérance, Alain d’Amours constate des personnes de la Vallée sont souvent référées à Saint-Hyacinthe ou Longueuil.

Le Regroupement pour le développement social de la Vallée (RDSV), en partenariat avec la Ville de Mont-Saint-Hilaire, caressait d’ailleurs le projet d’intégrer à l’Office municipal d’Habitation de Mont-Saint-Hilaire deux logements de transitions pour des personnes qui pourraient se reprendre en main.

Les logements de transition ciblent, par exemple, une clientèle victime de violence, des familles monoparentales avec des besoins particuliers ou des personnes en situation d’itinérance ou à risque.

Selon la directrice de la Corporation de développement communautaire (CDC) de la Vallée-du-Richelieu, Marie-Claude Durette, le projet est encore dans les cartons du RDSV, mais a toutefois été retardé en raison du projet de l’OMH d’accueillir des familles.

*Nom fictif pour préserver l’anonymat de son fils

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