7 février 2019
Qui enseigne?
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Dans la classe, l’enseignante est en fait une technicienne en loisirs. Vraie histoire, dans une commission scolaire voisine. Ça arrive en ce moment à l’enfant d’une collègue de ma conjointe.

Et… je suis sans mots. Ma conjointe, elle, ne tripe pas. « Je n’aimerais pas apprendre que mon enfant se fait enseigner par une technicienne et non une enseignante. »
Crime, moi non plus chérie. Mais là, qu’est-ce qu’on fait? On manque d’enseignants! Pour notre commission scolaire, tous les postes sont occupés par des enseignants, nous assure-t-on. Mais du côté des remplaçants, ça peut arriver que des éducateurs prennent la place d’un enseignant. L’augmentation de la clientèle, les baisses de ratio et l’ouverture de nouvelles écoles ont entre autres contribué à accentuer la pénurie, plaide la Commission scolaire des Patriotes.
Et la solution à moyen terme semble reposer sur l’embauche des stagiaires actuels. On espère qu’ils vont assez aimer le métier pour terminer leur formation d’enseignant et venir travailler pour nous. On va s’accrocher à ça.
Mais pour l’instant, c’est difficile de trouver des remplaçants. Faut parfois fermer les yeux et mettre à la tête d’une classe quelqu’un qui n’est pas formé pour enseigner. Ce n’est pas un drame, je pense, mais ce n’est pas l’idéal.
Bien sûr, le syndicat propose un portrait un peu plus sombre. C’est son rôle de protéger les enseignants et leurs postes. Mais difficile de ne pas se ranger du côté du président du Syndicat de Champlain, Éric Gingras, lorsqu’il parle d’une pression supplémentaire sur le dos des profs en raison de la pénurie.
Pour attirer les enseignants dans nos écoles, la solution passe par de meilleures conditions de travail, dit-il. Sûrement. Il a l’oreille du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, en tout cas, qui veut améliorer le salaire et mieux valoriser le poste. Car encore aujourd’hui, on estime au Québec qu’environ 30 % des enseignants abandonnent le métier après un an, et près de 50 % le font après cinq ans.
Mais ça ne me semble pas suffisant. Hier encore, les commissions scolaires francophones de l’île de Montréal clamaient haut et fort dans La Presse qu’il leur serait impossible de créer les classes de maternelle 4 ans que réclame le ministre de L’Éducation. Oui, à cause du manque de locaux. Mais aussi en raison des difficultés de recrutement. Et je ne pense pas que de hausser le salaire va permettre de réduire le problème de recrutement de main-d’œuvre.
Donc, je reste sans mots. Je n’ai aucune idée sur la façon d’aborder le problème. J’en suis surtout à l’idée d’accepter le compromis. Et d’accepter le fait que, au moins, c’est un technicien en loisir qui donne le cours, et pas le chauffeur d’autobus!

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