7 mars 2018
Services animaliers de la Vallée-du-Richelieu
Près de 60 % des chats tués par euthanasie
Par: Vincent Guilbault

Environ 60 % des chats doivent subir l’euthanasie. Photo: Archives

Les Services animaliers de la Vallée-du-Richelieu (SAVR) ont euthanasié 1675 chats dans les trois dernières années. C’est environ 60 % des 2736 chats recueillis par l’organisme depuis 2015.

La plupart de ces chats sont euthanasiés en raison d’un problème de comportement (agressivité) ou de santé, selon les tableaux compilés par l’organisme et dont L’Œil Régional a obtenu copie.

En trois ans, sur les 1675 chats euthanasiés, 1172 ont été tués pour des raisons de santé, 404 pour des problème de comportement et 99 en raison d’un manque d’espace. Certains chats arrivent en très mauvaise condition, avec des blessures majeures, des fractures ouvertes ou de la déshydratation majeure, explique Madeleine Daoust, directrice de l’organisme. «D’autres arrivent avec la panleucopénie, [ce qui se traduit] par un décès assuré en moins de 24h si [la maladie est] déjà bien implantée, ou la teigne, qui se répand parce que les spores se retrouvent dans l’air ambiant.»

Les chats qui n’ont pas été euthanasiés ont été adopté (397), envoyés à la Faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe (3), transférés vers un autre organisme (151) ou réclamés par leur propriétaire (88). Toutefois, 72 sont morts avant l’euthanasie pour des raisons de santé.

La mairesse de Belœil et présidente par intérim de l’organisme, Diane Lavoie, reconnaît un problème de chats errants et souligne que le modèle actuel du SAVR gagnerait à être amélioré. Selon elle, la réduction du nombre de chats dirigés vers l’euthanasie passe d’abord par la sensibilisation auprès des propriétaires de chats. «Une chatte, dans la nature, peut se reproduire dès l’âge de quatre mois et avoir de trois à quatre portées par année, de trois à quatre chatons, illustre-t-elle. Livrés à eux-mêmes dans la nature, en l’absence de toute socialisation, les chats sont confrontés à deux problématiques: la reproduction à répétition et les maladies félines.»

 

Stérilisation et sensibilisation
Pour Ève Marie Bordeleau, du refuge bénévole pour chat errants Les Félins de la Vallée, la solution aux chats errants passe par leur capture, leur stérilisation et leur retour dans la communauté. Selon elle, le SAVR pourrait probablement ramener à 20 % son taux de chat euthanasiés si l’organisme appliquait les grandes lignes de son programme de Capture-stérilisation-relâche.

«L’euthanasie de masse ne fonctionne pas, nous en avons encore la preuve, souligne la fondatrice de l’organisme. Le problème n’est pas réglé à la base et c’est inhumain. Ça crée seulement de l’emploi à long terme pour [ceux qui pratiquent l’euthanasie].»

Même si elle condamne la façon de faire de l’organisme, Mme Bordeleau souligne aussi que la plus grande part du blâme revient d’abord aux propriétaires qui abandonnent leurs chats ou ne les stérilisent pas.

Diane Lavoie rétorque toutefois que le rôle du SAVR n’est pas de capturer et de stériliser les chats, qui peuvent être confrontés à la maladie une fois relâchés, mais de diriger les chats errants vers l’adoption. Toutefois, la directrice Madeleine Daoust souligne que cette pratique est intéressante à un niveau puisqu’elle limite la reproduction féline.  «Par contre, elle agit peu sur l’errance des chats. La plupart des gens ont peu ou pas de tolérance face à des chats qui viennent déféquer sur leur terrain ou détruire leurs plates-bandes.»

La présidente par intérim promet que le SAVR est en «mode solution» et cherche toujours à s’améliorer. Elle rappelle que les employés de l’organisme, qui exercent ce métier par amour des animaux, n’aiment pas avoir recours à la mise à mort. «Dans notre pratique quotidienne, cette question hante le personnel du service, ajoute Mme Daoust. Nous tentons de trouver des solutions à la mesure de nos moyens.»

Médaille et solution
Comme piste de solution à l’euthanasie de masse, Diane Lavoie donne en exemple l’obligation de stériliser les chattes à l’achat, de réduire le prix en adoption des chats plus âgés ou d’instaurer la médaille obligatoire.

Dans une entrevue accordée au journal en 2017, le porte-parole de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec, Dr Joël Bergeron, soulignait que l’identification obligatoire peut certainement avoir un impact positif sur le nombre de félins en refuge, sans toutefois être le seul facteur. Il croit que les municipalités devraient d’ailleurs se tourner vers l’identification obligatoire des chats.

De son côté, Ève Marie Bordeleau émet des doutes sur l’efficacité des médailles, puisque les chats tendent à s’en départir. «Ça pourrait être un back-up. Nous, nous préférons une micro puce insérée, mais encore faut-il que les cliniques l’utilisent. Même avec une médaille, un chat perdu peut repeupler un quartier. La priorité devrait être de stériliser les chats.»

Pour Diane Lavoie, la médaille permettrait toutefois de recueillir des montants supplémentaires pour investir dans les services du SAVR, comme la sensibilisation auprès du public.

 

 

Les services animaliers en bref

L’organisme Les Service animaliers de la Vallée-du-Richelieu dessert les municipalités de Belœil, Chambly, Marieville, McMasterville, Mont-Saint-Hilaire, Saint-Amable, Sainte-Julie, Saint-Mathieu-de-Belœil, Varennes, Saint-Jean-Baptiste, Saint-Charles et Saint-Denis-sur-Richelieu.

Plus du quart des chats recueillis par l’organisme proviennent de Saint-Amable, une constante remarquée depuis 2015. Si la vice-présidente de l’organisme ne peut expliquer cette anomalie, la directrice du SAVR, Madeleine Daoust, pense qu’il n’y a pas de problème particulier, mais qu’il y a simplement plus de résidents qui rapportent des chats à l’organisme.

Notons aussi que l’organisme n’a pas de président depuis un bon moment, puisque le siège était occupé par l’ancien maire de Saint-Amable, François Gamache, qui na pas été réélu en novembre dernier. Toutefois, M. Gamache n’aurait toujours pas remis sa lettre de démission. C’est donc la vice-présidente Diane Lavoie qui occupe le poste par intérim.

La dernière assemblée du conseil d’administration de l’organisme, qui devait avoir lieu en janvier, n’a pas eu lien en raison d’un manque de participants.

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