18 avril 2018
Déversements des eaux usées dans le Richelieu
Peu d’amélioration des usines de traitement des eaux, selon une étude
Par: Denis Bélanger

Jacques Drouin et Benoit Aubertin devant les installations de la RAEVR. Photo: Robert Gosselin

Les déversements des eaux usées dans le Richelieu sont encore trop nombreux, de l’avis de la Fondation Rivières dont l’étude a permis de constater que la majorité des systèmes d’assainissement des eaux ne répondaient pas à toutes les exigences. «Malgré les investissements faits, il n’y a pas eu d’amélioration, note le président de l’organisme à but non lucratif, Alain Saladzius. Les Villes font ce qu’elles peuvent, mais on dirait qu’elles ne savent pas trop dans quelle direction aller.»

L’étude a passé en revue les données d’exploitations de 2014 à 2016 de 31 systèmes d’assainissement, soit 26 pour le Richelieu et 5 pour le Saint-Laurent, et seulement 6 répondent à toutes les exigences, autant à la station d’épuration que dans le réseau de conduites qui transportent les eaux à la rivière. Le rapport de la Fondation recommande que les municipalités soient accompagnées dans l’identification et la résolution des problèmes environnementaux les plus importants au niveau du bassin versant.

La Fondation n’a pas voulu identifier les usines qui étaient les plus performantes. Une autre source nous a quand même confirmé à tout de moins que l’usine de la Régie d’assainissement des eaux usées de la Vallée-du-Richelieu (RAEVR) était loin d’être la pire.

Notons que le Comité de concertation et de valorisation du bassin de la rivière Richelieu (COVABAR), situé à Belœil, a également participé à la démarche. «C’est une étude très valable. On le savait qu’il y avait des problèmes de déversement, souligne le directeur général. Il va y avoir d’autres problématiques qui vont s’en venir, comme les médicaments. On est une population vieillissante et les usines ne les traitent pas. Pour l’instant, il ne faut toutefois pas arrêter de boire de l’eau.»

Mieux qu’il y a 20 ans
De son côté, la RAEVR, qui dessert Belœil, McMasterville, Mont-Saint-Hilaire et Otterburn Park, dispose de 57 ouvrages de surverse. D’après Jacques Drouin, administrateur à la RAEVR, il y a souvent débordement lors de très fortes pluies. En 2017, les débordements ont totalisé 1252 mm équivalents d’eau. Rappelons que le printemps a été marqué par de fortes pluies et que plusieurs endroits au Québec ont été inondés. En comparaison, en 2011, année où le Richelieu avait débordé, on avait enregistré 1281 mm. «Malgré le nombre élevé d’événements de surverse, les critères du ministère de l’Environnement ont été respectés», insiste pour sa part le gestionnaire de projet aux installations de la RAEVR, Benoit Aubertin .

Parmi les moyens pour améliorer la situation, Jacques Drouin note la réduction de consommation d’eau potable, laquelle est passée de 400 litres par jour par personne en 2008 à 317 en 2017. «La mise en marche de l’usine remonte à 1997 ou 1998. Les gens oublient qu’avant ça, 100 % des égouts s’en allaient dans la rivière. Nous sommes néanmoins conscients qu’il y a encore des améliorations à apporter aujourd’hui.»

Du côté de la Régie de l’aqueduc intermunicipale du Bas-Richelieu (AIBR), qui compte 10 ouvrages de surverse, on a noté 12 débordements à Saint-Denis-sur-Richelieu, 3 à Saint-Antoine, 2 à Saint-Marc et aucun à Saint-Charles. À la Régie intermunicipale d’assainissement des eaux usées de Saint-Bruno-de-Montarville et de Saint-Basile-le-Grand,  trois débordements ont été observés, soit 1 en  février et 2  en avril. Au moment de mettre sous presse, L’Œil Régional n’avait pu obtenir les données pour les installations de Saint-Mathieu-de-Belœil.

Réseau séparé
Jacques Drouin avance que l’une des raisons qui expliquent les déversements des eaux usées est le fait que le réseau d’infrastructures n’est pas entièrement séparé en deux conduites. Une affirmation appuyée par Marcel Comiré du COVABAR.

«Dans plusieurs cas, pour les réseaux d’égout, il y a un seul tuyau pour le pluvial et l’égout domestique, précise Jacques Drouin. Quand il pleut, tout s’en va dans le même tuyau et c’est acheminé à la station d’épuration via des pompes, mais ces dernières ont eu une certaine capacité. Pour changer ça, il faut reconstruire les rues et séparer les réseaux, mais ça va se faire graduellement.»

À Belœil, la mairesse suppléante Renée Trudel rapporte que 65 % du réseau d’égout est déjà séparé. «La directrice du service du génie a pour mandat de travailler sur un plan de gestion des débordements, qui sera déposé au ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Dans ce plan, nous allons considérer tous les nouveaux développements sur le territoire afin de nous assurer qu’ils ne génèrent pas de débordements supplémentaires et une série de mesures seront déterminées afin d’arriver à cet objectif.» Ce plan permettra à la municipalité d’établir un plan précis des investissements à prévoir au cours des prochaines années.

À Otterburn Park, des travaux majeurs récemment autorisés par le conseil municipal entraîneront le remplacement du réseau sanitaire. «Nous ajouterons également dans certains secteurs des conduites pluviales pour absorber les surplus d’eau de pluie», ajoute la porte-parole de la municipalité, Stéphanie Julien.
Le maire de Mont-Saint-Hilaire, Yves Corriveau, assure de son côté que la municipalité en profite pour séparer les réseaux quand il y a des travaux d’infrastructures. On ne prévoit toutefois pas pour l’instant des investissements massifs. «Aussi, le problème est moins grand à Mont-Saint-Hilaire puisque nous avons plusieurs rues avec des fossés. De plus, dans l’aménagement de nouvelles rues, nous faisons en sorte de capter les eaux dans des bassins de rétention (N.D.L.R: comme sur la rue Blain).»

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