13 février 2020
Petite réflexion électorale
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

J’écoutais en entrevue les chroniqueurs Josée Boileau et Paul Journet à la balado de Fred Savard, une émission (baladodiffusion) à saveur sociale et politique disponible sur les plateformes de téléchargement. Les deux intervenants discutaient de la proportionnalité, ce système politique que plusieurs intervenants, dont les gens de la CAQ, veulent instaurer pour de futures élections au Québec.

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Sans entrer encore dans le détail, résumons que l’idée de la proportionnalité est de voter pour son député et ensuite pour le parti politique. Le nombre de députés à l’Assemblée nationale sera proportionnel au pourcentage de votes, et le pouvoir n’ira pas directement entre les mains du parti qui a fait élire le plus de candidats. En gros.
Bien simplement, les partisans de la proportionnalité encensent sa qualité en matière de représentativité et l’esprit de coalition qui se forme entre les partis; si 30 % de la population vote pour un parti, ce dernier obtient environ 30 % des voix. Pour passer ses réformes, il doit convaincre les autres partis. La Loi 40 sur la réforme de l’enseignement n’aurait pas été adoptée sous cette forme vendredi dernier, par exemple.
Les partisans du mode de scrutin représentatif actuel, au contraire, saluent la stabilité des gouvernements et, surtout, leur capacité à prendre des décisions sans coalition. Effectivement… la Loi 40 n’aurait pas été adoptée, si on suit la même logique.
Cette intéressante discussion me faisait penser indirectement à la situation locale de la politique. Tous les journalistes préfèreront travailler dans un contexte de conseil municipal composé d’élus indépendants au lieu d’un conseil occupé seulement par un seul parti politique. D’abord, un parti politique qui prend le contrôle total sur une Ville a moins besoin de rendre des comptes; pas en raison d’un manque de transparence, mais en raison de la forme inhérente du modèle de la politique avec des partis politiques.
Les élus de Belœil votent souvent (toujours?) dans le même sens, sans opposition, et les dossiers avancent plus vite qu’à Mont-Saint-Hilaire, par exemple. Depuis l’implosion du parti Avenir hilairemontais, difficile pour le citoyen de Mont-Saint-Hilaire de connaître la direction du conseil municipal. Le dernier accro sur le paiement des quotes-parts de la MRC montre une division profonde entre les élus. Mais d’un autre côté, les journalistes (et donc la population) obtiennent plus facilement l’information. L’info est beaucoup moins centralisée entre les mains du maire qu’à Belœil, par exemple. Encore, ce n’est pas en raison de la personnalité des élus principalement, mais peut-être plus en raison de la nature du pouvoir.
Je suis sensible à l’argument de gouvernement fort et stable du modèle représentatif actuel en politique québécoise. Le politicologue Christian Dufour pousse même la réflexion plus loin en affirmant que le modèle est peut-être même bénéfique pour les « Canadiens français » du Québec, car leur poids politique serait dilué dans un mode proportionnel.
Mais l’exemple local de la politique municipale, même si ma comparaison avec le système provinciale est au mieux boiteuse, tend à montrer que le pouvoir concentré entre peu de mains est néfaste pour la démocratie.
Peut-être pas néfaste. Mais disons que le citoyen a peut-être moins l’impression d’avoir son mot à dire. Encore, ce n’est qu’une petite réflexion électorale. Bonne semaine.

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