15 février 2019
Persistance
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Charles Morissette persiste à décortiquer chaque réponse de Telus, chaque prétention, chaque affirmation. Le membre du mouvement Ensemble contre Telus analyse chaque contradiction et prend un certain plaisir, je pense, à montrer que l’entreprise n’a pas besoin d’une tour à Otterburn Park pour maintenir la qualité de son service.

Pour un journaliste, M. Morissette est le citoyen idéal : impliqué, connaisseur, insistant, mais pas intense. Calme et réfléchi, mais persistant.
Je l’ai accueilli quelques fois à mon bureau, souvent à l’improviste. Il dépose son énorme mallette de type valise sur le sol. Une grosse boîte noire dédiée totalement au dossier de la tour Telus, à Otterburn Park. Depuis plusieurs années, il s’informe, questionne et discute avec l’entreprise. Sa correspondance par courriels avec l’entreprise, tout imprimée dans sa valise, a dû lui coûter plusieurs cartouches d’encre.
Ces jours-ci, c’est une lettre publiée en décembre 2018 dans nos pages qui le chicote. Dans cette lettre, le vice-président, Réseaux et services mobiles de Telus, Raymond Saoumah, insiste sur l’importance d’améliorer la couverture de Telus sur le territoire, surtout en raison des appels d’urgence. M. Saoumah déclare : « Nous souhaitons que la communauté puisse profiter d’une connexion sans fil qui soit sans interruption, sans appel coupé et sans dégradation du signal. Ceci est d’autant plus crucial puisque près de 70 pour cent des appels au 911 sont effectués avec un téléphone sans fil. »
Une fausse déclaration, dit M. Morissette, qui précise que le service 911 est assuré par tous les services de téléphonie, peu importe la couverture. Si Telus rentre mal dans le secteur, l’appel sera transmis par une autre antenne. Une information que valide Normand Laforest, de la Régie intermunicipale de police Richelieu–Saint-Laurent.
Je contacte rapidement Telus qui répond essentiellement que dans une situation d’urgence, chaque seconde compte et qu’« un appel au 911 qui utilise le site le plus près mais dont les services sans fil sont inadéquats peut engendrer des délais dans la connexion de l’appel, des mauvaises communications ou du bruit sur la ligne, et ce sont des enjeux critiques pour une personne en détresse. »
M. Morissette décortique chaque détail du dossier depuis plusieurs années. Par exemple, la hauteur de la tour. Le maire Gérard Boutin et le conseil municipal s’étaient opposés à une tour de 29 mètres en mai 2013. Quelques mois plus tard, le nouveau conseil municipal, avec la mairesse Danielle Lavoie, change la position de la Ville et accepte la venue de la tour. Cette même tour de 29 mètres. Alors, pourquoi Telus parle-t-elle d’installer une tour de 40 mètres aujourd’hui? Il n’y a aucune trace d’une tour de cette grandeur dans les résolutions de la Ville. Vérification auprès de la municipalité; effectivement, aucun élu n’a jamais accepté la venue d’une tour de cette grandeur.
Si ce n’est pas pour louer cet espace supplémentaire à des entreprises de communication, à quoi peut bien servir ce 10 mètres supplémentaire, questionne sarcastiquement M. Morissette. Telus répond que « la hauteur de notre site fut stratégiquement choisie afin d’offrir un signal maximal et celui-ci doit pouvoir voyager au-dessus des arbres. L’ensemble du processus de consultation publique de la municipalité ainsi que les communications aux citoyens ont été basés sur un site d’une hauteur de 40 mètres. »
Et M. Morissette s’attaque au texte comme ça, phrase par phrase. « Nous sommes sensibles aux commentaires des citoyens et nous réitérons avoir toujours coopéré de bonne foi avec Otterburn Park », dit le vice-président dans sa lettre. Ah!, réplique pourtant M. Morissette. « À Nanaimo, en Colombie-Britannique, Telus a voulu implanter une antenne similaire. Soixante citoyens s’y sont opposés. Telus BC a retiré son projet. À Otterburn Park, 300 citoyens ont dit non et Telus Québec n’a pas retiré son projet. […] Il semble que Telus BC [comprend] beaucoup plus le sens de l’acceptabilité sociale. » En toute transparence, je n’ai pas été en mesure de valider cette info avec la ville de Nanaimo, qui n’a pas répondu à mes questions.
Et concernant le plan de couverture. M. Morissette a mis la main sur l’analyse du professeur François Gagnon portant sur le projet. C’est subtil, mais où Telus parle de zones « sans couverture », le rapport parle de zones « sous couverture moindre ». Oui, on est dans la virgule près, mais M. Morissette a travaillé toute sa vie dans des domaines techniques et la lecture de gros documents ne l’effraie pas.
Voilà, vous pouvez tirer vos propres conclusions. De mon côté, je ne savais pas trop comment présenter l’information de M. Morissette sous la forme d’un article. Sans prendre parti ni pour lui ni pour Telus, j’en profite tout de même pour remercier tous ces citoyens vigilants qui facilitent notre travail. Au plaisir!

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