13 janvier 2017
« Pardon, je ne comprends pas »
Par: Denis Bélanger
« Pardon, je ne comprends pas »

« Pardon, je ne comprends pas »

L’un de mes regrets est d’avoir abandonné le hockey très tôt, à l’âge de 7 ans. Ce n’est pas le geste que je maudis, mais les raisons qui m’ont poussé à accrocher les patins. J’ai lâché, puisqu’à l’époque je ne parlais pas anglais.

Étant fils de miliaire, j’ai dû déménager à quelques occasions dans ma jeunesse. J’ai commencé à apprendre l’ABC du hockey à Chibougamau. Je me souviens que j’avais beaucoup de plaisir et que mon père était bénévole pour notre groupe. Nous avions pris des photos d’équipe et individuelles à la fin de la saison 1987-1988.Ces clichés sont conservés précieusement dans ma voûte.

Nous avons toutefois quitté la Belle Province à l’été 1988, car mes parents avaient été transférés à la base de North Bay, ville située dans le nord de l’Ontario. Bien qu’il y avait une communauté francophone dans la municipalité, la majorité des gens parlaient anglais. À mon arrivée là-bas, je ne connaissais rien de la langue de Shakespeare.

L’intégration à un nouveau milieu n’est pas évidente pour tout le monde. C’est encore plus difficile quand on ne connaît pas la langue de la majorité.
Non, je ne me faisais pas écœurer parce que je parlais français. Je n’aurais pas compris les insultes de toute façon.

Je ne comprenais pas non plus les directives. Je me rappelle encore de ce fameux mercredi soir. L’instructeur donne des directives. Des joueurs partent à droite, d’autres à gauche. Moi, n’ayant pas compris, je reste au milieu de la glace, je panique et j’ai le goût de pleurer.

Après, j’ai dit à mes parents que le hockey ne m’intéressait plus. Je ne voulais pas revivre cette gênante humiliation. Mes parents ont respecté mon choix. Il était hors de question pour eux de me forcer à faire quelque chose que je n’aimais pas. Aujourd’hui, ça fait me encore chier. Je me dis que j’aurais dû faire preuve de plus de cran. Le plus ironique c’est qu’aujourd’hui je suis bilingue. Et je sais que je dois faire attention avec mes enfants pour ne pas les écœurer en raison de mes vieilles blessures. J’ai inscrit mon garçon à des cours de patin pour qu’il sache la base et après il pourra faire ce qu’il veut (hockey, patinage de vitesse, patinage artistique ou autre chose).

J’ai décidé de me mettre à nu après avoir entendu un commentaire de Bob Hartley cette semaine au 91.9 Sport dans la foulée de la controverse soulevée autour de la politique linguistique d’Équipe Canada junior. Hartley trouvait tout à fait normal que la langue de travail soit l’anglais. Il a notamment raconté l’histoire d’un joueur francophone qui a participé à un camp d’entraînement professionnel. Selon Hartley, le jeune homme ne maîtrisait pas l’anglais. En ne comprenant pas toutes les directives, il passait ainsi pour «suiveux» aux yeux de ses instructeurs. Les choses n’ont pas bien été par la suite pour ce joueur en question.
 

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