10 juin 2020
Coalition d’organismes environnementaux
Mouvement Ceinture Verte s’inquiète de voir le golf de Beloeil en vente
Par: Sarah-Eve Charland

Yves Deshaies et Michel Béland, du regroupement Sauvons l’espace vert de Beloeil, demandent à ce que la Ville impose une réserve foncière afin d’éviter une transaction en attendant de tenir des consultations publiques. Photo François Larivière I L’œil Régional ©

La transformation des terrains de golf en développement immobilier devient problématique, selon le Mouvement Ceinture Verte. L’organisme pense que Belœil a l’occasion de s’approprier un espace à naturaliser avec le Golf Belœil, d’autant plus que les espaces verts sont quasi-inexistants sur le territoire de la ville.

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Le Mouvement Ceinture Verte est une coalition d’organisations qui fait la promotion du développement d’un réseau dynamique de milieux naturels et agricoles dans la région du Grand Montréal. La coalition regroupe notamment la Fondation David Suzuki, le Conseil régional de l’environnement de Montréal et la Fondation Cowboys Fringants.

« Notre objectif est de préserver les espaces verts et d’appuyer les citoyens. La vente des terrains de golf devenait problématique. On observe une vague de fermeture en Amérique du Nord des golfs. Ce n’est pas nouveau. Les golfs deviennent un enjeu majeur. Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a plusieurs opportunités », soutient le porte-parole du Mouvement Ceinture Verte, Sylvain Perron.

Ce dernier fait notamment référence à un constat réalisé par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) en 2017. Dans le Grand Montréal, on retrouve 69 clubs de golf, représentant 1,5 % de la superficie du territoire. Entre 2010 et 2016, ce sont 431 hectares qui ont été reconvertis.

À Belœil, le couvert forestier représente 2,9 % du territoire, selon les dernières données de l’Observatoire Grand Montréal en 2017. À plusieurs reprises, la mairesse de Belœil, Diane Lavoie, a voulu corriger les citoyens qui ont partagé cette donnée en séance du conseil en parlant plutôt de 8,9 %. La première statistique correspond au couvert forestier (cime des arbres) alors que la deuxième concerne la canopée (ombre projetée au sol par les arbres).

« L’objectif de la CMM est d’avoir 30 % de couvert forestier. Le couvert forestier de Belœil est cinq fois moins important que Montréal, qui fait beaucoup d’efforts pour préserver ses milieux naturels. La grande part du couvert forestier à Belœil est dans le golf », souligne M. Perron.

Concernant le couvert forestier, Belœil se retrouve au 80e rang sur les 82 municipalités de la CMM. Seules Montréal-Est et Saint-Isidore se retrouvent en moins bonne posture.

« Notre point est qu’on arrive à une certaine saturation. Un moment donné, il faut imposer une limite. On est conscients que les golfs ne sont pas 100 % naturels, mais c’est une manière intéressante de renaturaliser un espace. Il n’y a pas de milieu naturel à Belœil. C’est un superbe endroit à naturaliser », maintient le porte-parole du Mouvement Ceinture Verte.

Achat et valeur du terrain

Pour acquérir ce terrain, la Ville de Belœil pourrait solliciter le programme de subvention Trame verte et bleue qui offre la possibilité de financer des projets à parts égales entre le gouvernement du Québec, la CMM et la Ville. Ce programme existe depuis 2012 et a été renouvelé en 2020 par le gouvernement. Selon Félix Rhéaume, du service des communications de la CMM, la phase 2 de ce programme sera adoptée par le conseil de la CMM au cours des prochains mois. Cette phase prévoira le financement de projets de renaturalisation de certains espaces, comme les golfs. Une fois le programme adopté, un appel de projets sera lancé auprès des municipalités du territoire.

Le regroupement de citoyens Sauvons l’espace vert de Belœil s’est montré inquiet de l’évaluation des coûts du terrain, dévoilée par le Club de Golf Belœil il y a quelques semaines. Selon le Club de Golf Belœil, le terrain pourrait se vendre entre 60 M$ et 100 M$.

« La Ville doit poser un geste dans le plus grand des intérêts citoyens et de la qualité de notre environnement. Agir maintenant, d’autant plus qu’il s’agit du seul espace vert que nous pouvons aménager pour tous. […] Pas de doute possible, avec un programme pour le financement de l’acquisition, et une volonté populaire clairement exprimée, il est temps pour le conseil de Ville de Belœil de démontrer son engagement en faveur des citoyens de Belœil, et de nos enfants. La mairesse, les conseillères et les conseillers ne peuvent pas choisir le silence, ont exprimé les citoyens par le biais d’un communiqué.

Pour Steve Flanagan, le porte-parole du Club de Golf Belœil, cette sortie du Mouvement Ceinture verte n’est que du bruit « et n’est pas un programme applicable pour les fins recherchées par les citoyens. Il n’a jamais été question de démanteler le golf. On le dit depuis le début. On travaille sur une solution pérenne. […] Ce serait trop facile de mettre une pancarte à vendre devant le terrain, mais ce n’est pas la volonté des membres du Club de golf ».

Des consultations publiques à la mi-septembre

La mairesse Diane Lavoie a pris connaissance de la sortie du Mouvement de la Ceinture verte. Elle comprend que plusieurs villes se retrouvent avec la problématique de terrain reconverti, mais tient à souligner que la situation est différente à Belœil. « Le golf veut juste vendre une partie pour continuer à opérer. Il ne veut pas vendre le terrain. C’est une nuance à apporter. »

Alors que le Club de Golf Belœil et le regroupement de citoyens en opposition pressent la Ville d’agir, la mairesse croit que le meilleur moment pour tenir des consultations publiques est à la mi-septembre, après la saison estivale et après une rentrée des classes toute particulière en raison de la pandémie. Les élus souhaitent ainsi se donner toutes les chances de rejoindre l’ensemble de la population.

« On ne peut faire de consultation l’été. Aucune Ville ne fait ça. […] On veut l’opinion de tous les citoyens parce que ça aura un impact sur le budget et sur le compte de taxes de tous les citoyens. Encore là, tout dépend des consignes de la santé publique. On suit leurs directives », ajoute- t-elle.

C’est aussi la raison pour laquelle la Ville a rejeté la possibilité de tenir des consultations publiques en ligne. Tous ne sont pas à l’aise avec les technologies de l’information, souligne-t-elle. « On veut une consultation où les gens interagissent et proposent des choses. En ligne, ça va limiter les consultations. Le projet est trop important. »

Si les conclusions des consultations tendent vers une acquisition de l’ensemble du terrain, la Ville étudiera par la suite les différents programmes de subvention. Pour ce qui est de la Trame bleue et verte, la Ville attend de voir la phase 2 afin d’évaluer l’admissibilité d’acquisition d’un terrain de golf. « Mais on ne peut pas garantir qu’on va avoir les subventions. On peut faire une demande, mais ça ne veut pas dire qu’on va obtenir le financement », précise Mme Lavoie.

Le Club de golf Belœil estime qu’il pourrait vendre son terrain entre 60 M$ et 100 M$. Le regroupement de citoyens croit plutôt que la valeur du terrain est de 5,3 M$, soit le montant de l’évaluation foncière. « On est en train de faire des vérifications. Ça va être discuté en consultation publique, mais je ne me prononcerai pas là-dessus aujourd’hui », répond Diane Lavoie.

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