16 juin 2016
Moins d’enfants en Montérégie prennent le flambeau de leurs parents
Par: L'Oeil Régional
Marc-Antoine, Richard et Samuel Fontaine du Mouton Village à Saint-Charles-sur-Richelieu.

Marc-Antoine, Richard et Samuel Fontaine du Mouton Village à Saint-Charles-sur-Richelieu.

D’ici 2020, quelque 38 000 entrepreneurs québécois seront confrontés à un choix déchirant, soit de vendre ou de mettre la clé dans la porte. C’est du moins ce qui risque de se produire si les prévisions s’avèrent justes, alors que le Québec se dirige vers un déficit entrepreneurial accablant. Dans la région, certains entrepreneurs ont réussi à garder leur entreprise dans le giron familiale.

Au cours du même échéancier, environ 98 000 propriétaires d’entreprise voudront passer le flambeau, qui devrait être saisi par quelque 60 000 repreneurs. Pour la Vallée-du-Richelieu seulement, il est difficile de déterminer le nombre de propriétaires qui devront transférer leur entreprise.

«On vit une problématique à ce niveau-là. Les entrepreneurs qui ont besoin de relève ne lèvent pas le drapeau parce qu’ils ne veulent pas déstabiliser leur entreprise», mentionne la directrice générale du Centre local de développement Vallée-du-Richelieu, Manon Roger.

Elle explique que les entrepreneurs n’osent pas publiciser la vente de leur entreprise ou un problème de relève par crainte de perdre des clients ou des fournisseurs.

Affaire de famille

L’option privilégiée d’un entrepreneur pour l’avenir de sa compagnie est bien souvent la relève familiale, même si bon nombre d’entre eux n’envisagent pas cette avenue.

Les enfants d’entrepreneurs en Montérégie détonnent particulièrement de ceux du reste du Québec. Alors que 34% des enfants de la province issus d’une famille en affaires témoignent d’un intérêt marqué pour le milieu, les successeurs d’entrepreneurs montérégiens ne sont que 19,6% à vouloir suivre le pas.

Parmi eux, les enfants des propriétaires du Domaine Mouton Village et de la Ferme Trudeau.

Propriétaire depuis 45 ans du domaine Mouton Village à Saint-Charles-sur-Richelieu, Richard Fontaine laisse peu à peu la place à ses deux fils, Samuel et Marc-Antoine.

Ceux-ci s’impliquent ensemble dans la gestion de l’entreprise depuis environ cinq ans. En juin, ils deviendront actionnaires. «Ils disent qu’il faut compter sept ans pour un transfert d’entreprise», souligne Samuel Fontaine, directeur des ventes.

«Ça se prépare, précise son frère Marc-Antoine, responsable de la cuisine. Il faut qu’on voie c’est quoi les risques encourus derrière tout ça.» L’objectif des deux frères est de devenir propriétaire d’ici cinq ans.  

Avec la transition sont venus beaucoup d’investissements afin de rester compétitifs dans le domaine événementiel et de la restauration. Les deux jeunes entrepreneurs ont investi environ 1 M$ dans les dernières années pour rénover l’établissement.

«La première année, quand je suis revenu ici, c’était clair pour moi que si on ne faisait pas des investissements et qu’on n’améliorait pas les infrastructures, je n’avais pas le goût de rester ici parce que j’étais gêné de recevoir du monde», se souvient Marc-Antoine.

Du côté de la Ferme Trudeau à Saint-Mathieu-de-Beloeil, l’un des fils du fondateur Gérard Trudeau, Vincent, assure la relève de l’entreprise alors qu’il occupe la présidence. «Il a toujours travaillé avec nous. Il est bien préparé», indique Gérard Trudeau.

Pour lui, l’implication de son fils dans la compagnie qui produit de fines herbes fraîches marque une continuité de la famille Trudeau dans le paysage agricole et entrepreneurial de la région depuis 1850.  

Un fonds pour la relève

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, propose la création d’un fonds de 10 G$ de dollars chez Investissements Québec pour s’assurer de la relève d’entreprises et de PME québécoises.

«On n’a pas beaucoup de familles riches au Québec. Donc, on a besoin d’un outil comme Investissements Québec pour financer des jeunes qui pourraient reprendre ces entreprises», a soutenu M. Legault en entrevue avec L’Œil Régional, alors de passage à Beloeil pour un dîner-conférence.

Le but ne serait pas de financer des «canards boiteux», mais des entreprises qui vont bien afin qu’elles restent «entre des mains québécoises», précise le chef caquiste.

Avec la collaboration de Frédéric Lacroix-Couture

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