18 janvier 2018
L’instinct de sécurité, partie 2
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Vous savez dans le calme distant de mon bureau, je peine parfois à croire que mes mots aient réellement du sens. C’est bien amusant, j’écris ma petite affaire entre deux cafés et je me dis que le monde tourne sans ma présence. On se dit (presque) tous la même chose.

En août dernier, à propos de l’intersection du Millénaire et de la 116 à Saint-Basile-le-Grand, j’écrivais ceci: «Ça reste une intersection merdique, n’ayons pas peur des mots. Sur papier, tout est beau selon le Ministère des Transports du Québec. Mais sur place, je confirme que l’intersection est un foutoir. [..] À 70 ans, je ne traverserai pas à cet endroit. C’est difficile à expliquer. Tu ne te sens pas en sécurité. C’est vrai, les statistiques disent le contraire. La mairie veut attendre les conclusions de la police avant d’apporter des modifications. Le MTQ ira jeter un œil, mais assure déjà que tout est beau… Pourtant, sur les réseaux sociaux, les piétons avouent ne pas se sentir en sécurité. Je sais, ça n’a rien d’un sondage scientifique. Mais parfois, écouter son instinct, ça vaut toutes les études du monde.»
Je pensais chaque mot; mais soyons francs, certains mots étaient bien choisis pour leur effet. Un foutoir, c’était peut-être fort, mais imagé.
L’idée du texte était seulement de réfléchir à la nouvelle. Honnêtement, je pensais lancer un pavé dans la mare. On choque un peu, un peu de remous en surface. Puis la situation revient au statu quo.
Sauf que là, le statu quo tue.
Je tenterai de pondérer mes mots, car un piéton vient de perdre la vie. Un homme de 75 ans, juste pour me donner raison. Le conducteur impliqué dans l’accident gardera aussi probablement à jamais l’événement dans son esprit.
En entrevue avec le journal, le nouveau maire de Saint-Basile-le-Grand, Yves Lessard, promet de rouvrir le dossier. Merci, je crois que la population vous suivra.
Une chose toutefois : il dit en entrevue que «Malheureusement, ça prend souvent des incidents semblables pour qu’on reprenne le dossier.»
C’est bien là tout le drame de ce décès. Le dossier était déjà en marche, ce n’était pas le premier drame. On aura eu besoin d’un deuxième drame en moins d’un an.
Je le répète. Non, je le martèle! Cette intersection, avec le train, les feux de circulation, le temps de traverser et les autres facteurs, est un foutoir. Je ne fais pas dans le verbiage. On ne se sent pas en sécurité à cet endroit. Les piétons le disent depuis des années. Sur les réseaux sociaux, tous s’entendent sur ce point.
Bien sûr, dans les stats, tout est beau. Mais, au risque de me répéter, et de faire pédant en me citant, «parfois, écouter son instinct, ça vaut toutes les études du monde».

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