29 avril 2020
Milieu économique
L’innovation au rendez-vous
Par: Sarah-Eve Charland

Caroline Turgeon de l'entreprise Maillot Gabriel Hortense Photot gracieuseté

Lysa Macri de l'entreprise Les Produits Malyna Photo gracieuseté

Le président de Strom spa nordique, Guillaume Lemoine, Photo gracieuseté

Depuis la mi-mars, les entreprises ont vu leur modèle d’affaires chamboulé. Plusieurs ont usé de créativité afin de maintenir leurs activités à flot pendant l’urgence sanitaire. Sans se vouloir une liste exhaustive, voici des exemples de débrouillardise dans la région.

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En plus des restaurants qui ont développé à vitesse « grand V » la livraison, plusieurs boutiques ont élaboré rapidement des sites transactionnels pour l’achat et la livraison. C’est le cas pour les boutiques de jeux de société, comme le Kafée Dragon. Les marchés Pepin ont aménagé Le coin de Raoul en offrant des produits de chez Raoul Chagnon Jeux, Jouets, Vélos. Les profits des ventes de ce coin seront remis aux comptoirs alimentaires des Chevaliers de Colomb de Belœil et du Centre d’action bénévole de la Vallée-du-Richelieu.

À l’instar de plusieurs campagnes de sensibilisation, Gâteaux Funky mise sur l’achat local en proposant des paniers de produits de producteurs indépendants de la région. L’objectif est d’offrir la possibilité d’acheter des produits qu’on ne retrouve pas en épicerie puisque cela demande de se déplacer chez le producteur.

Selon le pâtissier Laurent Venturi, la boutique travaille depuis octobre dernier à ouvrir une division Rive-Sud de la COOP En direct de la ferme. Pour le moment, seulement le panier complet ainsi que des paniers de légumes sont disponibles. « Dans les prochains mois, nous prévoyons ajouter des produits à la carte et une présentation des producteurs participants. Nous demandons d’ailleurs l’aide de tous nos clients pour nous faire part des producteurs locaux qu’ils connaissent pour éventuellement les ajouter à nos paniers », mentionne M. Venturi.

Changer de vocation

Caroline Turgeon ne s’imaginait pas un tel engouement lorsqu’elle a commencé à fabriquer des masques. La présidente de Maillots Gabriel Hortense avait reçu plusieurs demandes pour coudre des masques alors que sa boutique était fermée en raison de l’état d’urgence. Lorsque les résidences pour personnes âgées ont manifesté un besoin, elle s’est alors lancée dans la fabrication de masques il y a deux semaines. Elle s’est inspirée des normes de fabrication françaises pour créer ses patrons et choisir ses tissus. Elle en a vendu plus de 1500 et s’apprête à en coudre 1000 autres dans les prochains jours.

« On a mis ça en place rapidement. Je suis fière de moi. Je ne les vends pas pour faire du profit. C’est plus dans l’idée de faire ma part. On est tous appelés à faire des efforts. […] Il y a tellement de besoins. J’ai des entrepreneurs qui en veulent pour leurs employés, d’autres pour le déconfinement », affirme Mme Turgeon.

L’entreprise Les Produits Malyna, de Belœil, prévoyait déjà élargir son offre pour le grand public. Les mesures de confinement l’ont poussé à devancer sa stratégie. Avant la crise, l’entreprise se spécialisait dans la fourniture de collations santé aux écoles et aux Centres de la petite enfance du Québec. Afin de maintenir ses opérations et ses employés en poste, Les Produits Malyna ont lancé le mouvement « Partagez le Bonheur ». L’entreprise offre la possibilité, à tous, de commander des collations et de se les faire livrer chez soi. En commandant des collations, il est possible d’en offrir gratuitement à une autre personne qui pourra recevoir une surprise sur le pas de sa porte.

« On est l’une des premières entreprises à avoir mangé la claque. Je veux que mes employés continuent de travailler. Quand les gens reçoivent un colis à la porte, ça crée une grande joie parce qu’on est tellement isolé. […] Je ne ferai pas d’argent avec le mouvement “Partagez le Bonheur”. C’est une volonté de créer du bonheur. Je veux associer mes collations à quelque chose de positif », soutient la présidente Lysa Macri.

Le zéro déchet à l’ère du confinement

Le Bar à savon n’a pas perdu de vue sa mission zéro déchet. L’entreprise a acquis une camionnette afin de s’adapter à la situation. « Nous avons également eu à réfléchir à une nouvelle offre pour notre clientèle, soit celle du remplissage à domicile, qui respecte toujours notre mission zéro déchet en offrant à nos clients la possibilité de réutiliser leur contenant en les remplissant directement dans notre camionnette Bar à Savon », affirme Pascal Lussier de chez Bar à savon.

L’objectif est de continuer à donner un service personnalisé aux clients en plus de répondre à la demande de produits désinfectants qui était à ce moment-là le cœur des commandes de la boutique, souligne-t-il. « Nous sommes donc passés de deux à cinq employés afin d’offrir la livraison rapide à domicile sécuritaire et sans contact. La demande a été si grande que nous avons dû créer notre site internet très rapidement afin de répondre aux besoins de notre clientèle. »

L’épicerie autosuffisante Bokal devait ouvrir ses portes en avril à Belœil. La propriétaire Valérie Sirois a conçu en deux semaines un site transactionnel qui permet à tous d’acheter des produits en vrac, mais aussi des produits d’artisans locaux comme des boulangeries. Les produits en vrac sont vendus dans des contenants en consigne. Lorsque les clients rachètent, ils peuvent remettre les contenants au livreur et recevoir un crédit.

« Il faut se réinventer, mais aussi sécuriser les clients. Tout est sécuritaire. On continue à utiliser une pelle par produit. Ce n’est pas nécessaire de désinfecter les produits. Les gens achètent ce qu’ils ont besoin, comme ça je m’assurer d’en avoir suffisamment pour tout le monde. […] Je trouve ça le fun. Plein de gens se sont réapproprié leur cuisine », poursuit Mme Sirois.

Prendre soin de ses employés

Le Strom spa nordique a fermé ses installations le 16 mars. Avant l’arrivée de la COVID-19, l’entreprise québécoise enregistrait une croissance de 20 % au cours des 12 derniers mois. Le président Guillaume Lemoine a voulu continuer à prendre soin de ses employés. Il en a gardé 75 en poste depuis le début de la crise dans l’ensemble du réseau et vient tout juste d’en réembaucher une cinquantaine grâce à la subvention gouvernementale.

« Ce n’est pas le temps pour les actionnaires qui en ont les moyens d’être avares. C’est le temps de partager. En aidant nos employés, ils vont être plus gentils, plus patients. Ça va faire boule de neige et ça va se répercuter vers d’autres personnes. C’est l’esprit qu’on doit avoir en étant dans un système capitaliste comme le nôtre », affirme M. Lemoine.

Strom spa nordique a mis place un plan de soutien qui se traduit, notamment, par des appels auprès des employés mis à pied temporairement pour assurer un soutien moral, une plateforme d’échanges sur laquelle sont partagés des outils comme des entrainements ou des séances de méditation, un concours de talent et des discussions sur l’avenir de l’entreprise post COVID-19.

Les installations sont grandes. Les mesures d’hygiène prenaient déjà une grande place dans les priorités de l’entreprise. Selon l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ), les concentrations de désinfectants utilisées pour traiter l’eau des spas publics sont en mesure d’inactiver le coronavirus.

« On a un ensemble d’installations où on sera capable d’opérer. Pour ce qui est des soins, on va suivre les recommandations. […] On a l’intime conviction qu’on fait du bien aux gens. Je suis convaincu qu’on va rouvrir. Si on n’ouvre pas, ça va être une catastrophe pour le réseau de la santé. On agit en prévention pour des problèmes chroniques. J’ai l’impression que le gouvernement le sait et va mettre en place des mesures pour rouvrir les centres de spa et de soins », croit le président.

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