29 mars 2016
Libérer la parole par le chant
Par: Karine Guillet
Guy répète avec Sylvie Champoux en vue du concert du 3 juin.

Guy répète avec Sylvie Champoux en vue du concert du 3 juin.

SANTÉ. Ils sont incapables d’entrer en communication avec autrui. Mais grâce à chorale Ouvre ta Voix, ils réussissent à franchir la barrière du langage pour chanter.

Alain Grégoire vit avec l’aphasie depuis près d’un an, conséquence d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Lorsqu’il tente de répondre à nos questions, il porte ses mains vers sa gorge, comme si les mots y restaient coincés. «Je voudrais chanter comme avant, mais c’est dur», témoigne-t-il.  Il commence tout juste à intégrer la chorale, à la proposition de sa conjointe qui avait remarqué qu’il fredonnait lorsqu’il entendait de la musique. Déjà, il constate que l’activité lui est bénéfique.

Souvent méconnue, l’aphasie est un trouble du langage résultant d’un traumatisme cérébral comme un AVC, un traumatisme crânien ou une tumeur. Une personne aphasique est totalement ou en partie incapable de parler ou de comprendre les autres.

L’état d’Alain est aussi celui de Guy. Guy était chanteur dans un groupe. Il jouait aussi de la guitare. Il vit maintenant avec l’aphasie et s’est joint à la chorale Ouvre ta  Voix. Deux fois par mois, il répète avec le groupe d’une dizaine de personnes.

La chorale se réunit dans un local du CHSLD Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe. Le groupe chante à l’unisson les airs de La Vie en Rose et de  Ma mère chantait toujours. Certains chantent à gorge déployée alors que d’autres regardent les paroles avec intérêt. L’ambiance est à la bonne humeur; les choristes se taquinent entre deux couplets.

«Les gens quand ils chantent, ils n’ont plus d’âge. Leurs yeux brillent. Ils ne pensent plus à l’aphasie. Ils osent même faire des blagues», constate Diane Rémillard, la professeure de musique à l’école Do-Ré-Mi-Art responsable de la direction musicale de la chorale.

Briser l’isolement

L’Association de personnes aphasiques Richelieu-Yamaska (APARY) soufflera ses 20 bougies cette année. Selon sa coordonnatrice, Sylvie Champoux, la chorale a pris naissance après que l’APARY ait assisté à un atelier de l’Association québécoise des personnes aphasiques, à Montréal. L’idée d’adapter un atelier aux personnes aphasiques de Saint-Hyacinthe a ainsi germé. Des orthophonistes ont d’ailleurs contribué à la mise en place de chorale.

La chorale intègre des personnes aphasiques au sein d’un groupe de résidents du CHSLD. Mme Champoux explique que le but de cette initiative est de briser l’isolement des personnes vivant avec l’aphasie et les valoriser. Depuis un an et demi, la coordonnatrice constate de nettes améliorations chez les choristes aphasiques.

«Avec le chant, c’est très facile de sortir les mots. La musique est universelle.», explique Sylvie Champoux.

La chorale a réalisé un concert de Noël devant plus de 70 résidents du CHSLD. Elle se prépare en vue d’un nouveau concert en juin. Ce sont les choristes qui ont décidé des chansons. Le fait de chanter devant autrui a aussi un effet positif sur ces personnes. «Pour eux, c’est valorisant, c’est le plaisir de se retrouver avec d’autres personnes et de se prouver à eux-mêmes qu’ils sont capables de chanter.»

La mise en place de cette chorale est possible grâce à une subvention du CRÉ Montérégie de 8000$. La subvention se termine en décembre 2016. Mme Champoux se croise les doigts pour qu’elle puisse continuer à faire chanter ses membres.

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