22 janvier 2020
Les producteurs de grains se relèvent à peine d’une année catastrophique
Par: Sarah-Eve Charland

L’année a été pénible pour les producteurs de grain. Photo Pixabay

Printemps froid, sécheresse estivale, automne froid et pluvieux, neige hâtive; l’année 2019 a été des plus pénibles pour les producteurs de grains de la région. En plus de voir leur rendement diminué, les coûts d’exploitation ont augmenté.

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« On va passer à travers, mais il n’en faut pas deux comme ça. Sinon, plusieurs producteurs seront en péril », affirme le président du syndicat des Producteurs de grains du Québec de la Montérégie Nord, Alain Gervais.

Ce dernier exploite la Ferme RMA Gervais à Saint-Denis-sur-Richelieu. La section de la Montérégie Nord, qui s’étend de Saint-Hyacinthe à Sorel-Tracy, regroupe 1451 producteurs de grains. En affaires depuis 40 ans, M. Gervais affirme sans hésiter n’avoir jamais connu une année aussi pénible.

Le printemps a été lent à décoller. Les semences ont commencé en juin, soit un mois plus tard qu’une année moyenne. Le mois de juillet semblait prometteur, mais le peu de pluie a compliqué les choses. « En six semaines, on a reçu les quantités de pluie qu’on devait recevoir en une semaine », souligne M. Gervais.

Bien que la chaleur ait tardé à arriver, elle ne s’est pas prolongée au mois de septembre où le froid est arrivé. Ce que les agriculteurs appellent le gel mortel s’est pointé aux alentours du 25 et 26 septembre, environ une dizaine de jours plus tôt que prévu.

« Le maïs ne s’est pas rendu à maturité. On récolte une qualité moindre, une quantité moindre. Déjà là, on savait qu’on allait avoir un moins bon rendement », mentionne-t-il.

Les producteurs ont commencé à récolter à la fin du mois d’octobre. Toutefois, le maïs était trop humide. Plus le maïs est humide, plus les coûts augmentent pour le sécher. M. Gervais estime qu’il en coûtait le double pour sécher le maïs comparativement à une saison moyenne.

Les choses se sont compliquées par la suite. À l’Halloween, la région a reçu d’importantes précipitations qui ont été suivies de grands vents. Ces conditions ont endommagé les champs rendant difficile la récolte. Deux semaines plus tard, une première tombée de neige plombe le moral des producteurs. Les moissonneuses-batteuses ne sont pas conçues pour travailler dans la neige, ajoute M. Gervais.

« Ce dont je parle, c’est la même problématique à la grandeur de la province. Donc là, tu n’es plus capable de récolter. On essaie de récolter où les champs sont moins endommagés. On brise la machinerie à cause de la neige. À ce moment-là, j’avais à peu près 15 % de mes récoltes de fait. »

L’année s’est terminée avec la crise du propane et l’augmentation des prix du propane sans oublier les aléas du marché tributaire de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

Des pertes

« Chez nous, il y a des superficies qu’on a détruites parce qu’on n’était simplement plus capables de les récolter. Plus le temps passe, plus la qualité descend. Nos acheteurs nous paient selon des grades de qualité. Au Québec, on estime les baisses de rendement d’environ 20 % comparativement à une année moyenne et les coûts d’exploitation ont augmenté », observe-t-il.

M. Gervais est assuré, un petit baume sur le cœur, bien qu’il devra assumer 20 % de ses pertes. « Tout le monde a été touché financièrement. La stabilité financière des entreprises est affectée. Ce n’est pas tout le monde qui est assuré. En agriculture, la franchise est de 20 %. Tu dois avoir 20 % de perte avant que l’entreprise assure. Sur une production de 1 M$, chez nous, la franchise est de 200 000 $. C’est ça notre situation en agriculture. Le programme d’assurance n’est pas adapté. »

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