23 janvier 2019
Les organismes communautaires peinent à embaucher des employés
Par: Denis Bélanger
Jean Curadeau, de l’organisme Aide Atout.  Photo François Larivière | L’Œil Régional ©

Jean Curadeau, de l’organisme Aide Atout. Photo François Larivière | L’Œil Régional ©

La pénurie de main-d’œuvre touche toutes les organisations partout dans la province, incluant les organismes communautaires et entreprises d’économie sociale de la Vallée-du-Richelieu, qui doivent faire preuve de créativité pour réussir à recruter du personnel.

Située à Belœil, la coopérative de solidarité d’aide à domicile, Aide Atout, vit actuellement la problématique depuis le printemps dernier où l’organisation ne recevait plus de CV. La demande pour les services d’Aide Atout augmente sans cesse : la direction pourrait facilement embaucher demain une trentaine de personnes pour faire de l’entretien ménager, des travaux lourds ou de l’aide à la personne.

« En plus, nous sommes concurrentiels face au privé pour les salaires, rapporte le directeur général de la coopérative, Jean Curadeau. Pour naviguer à travers cette situation, il est important de mettre en place un système de communication. Nous communiquons régulièrement avec nos membres pour leur expliquer les choses et nous avons mis en place un système de rotation. »

Même son de cloche auprès de la Maison de la famille de la Vallée-du-Richelieu, qui embauche maintenant plus d’une vingtaine d’employés. « C’est difficile de plus en plus d’avoir des candidats alors que le poste est subventionné par Emploi-Québec (pas permanent). Des fois, nous ne recevons qu’un seul cv pour ce type d’emploi, et il faut se croiser les doigts [pour avoir] un bon candidat », avance la directrice Mélissa Ouellet.

Daniel Vermeersch, directeur général d’Intégration Compétences, l’organisme spécialisé en orientation, formation et emploi, cite la transformation du marché du travail pour expliquer la difficulté de recruter des organismes communautaires, qui ont la réputation d’offrir des salaires peu élevés. « Nous sommes dans un contexte de région universitaire ou la moyenne de scolarité est très élevée. De plus, aujourd’hui, les gens restent à la maison de leurs parents jusqu’à l’âge de 24 ans où ils sont logés et nourris. Ils n’ont pas autant besoin de travailler. Il y a aussi moins de fidélisation qu’auparavant. »

La réalité du marché de travail oblige les organismes à être plus flexible sur les horaires de travail, les amenant à embaucher deux ou trois personnes à temps partiel pour combler un temps plein. Les organismes misent aussi sur les avantages pour se montrer plus attrayants. « Nous misons sur la conciliation famille-travail. Nous sommes chanceux aussi d’avoir des personnes qui veulent travailler dans le communautaire, étant entre autres tannés d’aller à Montréal et de travailler sous la pression », renchérit Mélissa Ouellet.

Difficile aussi pour les bénévoles

Une grande majorité d’organismes dépendent aussi énormément d’un autre type de main-d’œuvre pour offrir des services à la population, les bénévoles. Le directeur général du Centre d’action bénévole de la Vallée-du-Richelieu (CABVR), Patrick Thibert, affirme que le bénévolat a subi une métamorphose alors que les gens qui prennent leur retraite sont beaucoup plus occupés qu’à une autre époque.

« C’est une main-d’œuvre qui demeure très importante. Les gens ne disent plus “’je ne sais pas quoi faire, je m’en viens donner plein d’heures”’. Ils sont actifs, et plusieurs s’occupent de leurs parents ou encore des petits-enfants. Les gens savent aussi plus ce qu’ils veulent faire comme bénévolats et leur contribution est ainsi morcelée durant une semaine. Nous devons conjuguer avec tout ça », souligne M. Thibert.

Le directeur souligne qu’il est plus difficile de recruter des bénévoles pour certains services, particulièrement l’accompagnement médical. « Beaucoup ne veulent pas notamment aller à Montréal pour transporter une personne. »

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