30 mai 2018
Les immigrants choisissent la région
Par: Karine Guillet
ntre 2009 et juin 2017, le volet L’Envol d’Intégrations Compétences, piloté par Maëlle Labiche, a aidé 685 personnes. Photo: Gracieuseté

ntre 2009 et juin 2017, le volet L’Envol d’Intégrations Compétences, piloté par Maëlle Labiche, a aidé 685 personnes. Photo: Gracieuseté

Si la majorité des immigrants qui choisissent de venir s’installer dans la Vallée-du-Richelieu ont été sélectionnés par le Canada pour leur capacité à contribuer à l’économie du pays, leurs qualifications ne correspondent pas nécessairement aux besoins actuels de la région.

La région a accueilli 740 immigrants entre 2011 et 2016, selon les dernières données du recensement de 2016. Au total, la Vallée-du-Richelieu comptait près de 6000 personnes issues de l’immigration. Les pays de provenance sont le plus souvent la France, la Colombie, Cuba, le Mexique, le Maroc, la République dominicaine ou Haïti.
Après quelques années passées à Montréal, beaucoup d’immigrants posent leurs bagages dans la région pour avoir une meilleure qualité de vie, constate la coordonnatrice du volet Immigration de l’organisme Intégration Compétences, Maëlle Labiche. «Ces gens font le choix d’habiter notre région, dit-elle. Ce n’est pas le gouvernement qui les envoie. […] Ce sont des gens qui vont demeurer dans la région.»
Selon les statistiques compilées par l’organisme depuis 2009, près de 50 % des immigrants qui ont eu recours aux services d’Intégration Compétences ont un diplôme universitaire. Presque 20 % possèdent des études collégiales. Elle constate que parmi les citoyens immigrants, il y a beaucoup de diplômés en ingénierie, en marketing ou en finance. «On a beaucoup de travailleurs qualifiés, sauf que dans la région, la pénurie de main-d’œuvre se situe dans les postes de production et de journaliers. Il y a beaucoup d’entreprises qui ne trouvent pas de candidats, mais je n’ai pas forcément des candidats que je pourrais jumeler avec eux, parce qu’ils sont diplômés.»

Des obstacles
Intégration Compétences offre des services individuels d’intégration sociale pour les immigrants arrivés au Québec depuis moins de cinq ans. L’organisme aide les arrivants à s’installer, à se trouver un logement, à obtenir des cartes ou un permis de travail et à leur faire découvrir la région d’accueil. L’organisme offre également des services professionnels, comme un bilan de compétences, l’exploration du marché du travail et du système scolaire et l’élaboration d’un plan de carrière.
Mme Labiche note d’ailleurs que la reconnaissance de diplômes et de compétences est souvent un obstacle. Les normes ne sont pas toujours les mêmes d’un pays à l’autre, ce qui demande aussi parfois de s’adapter. «Ils sont sélectionnés sur la base de leurs diplômes, mais dans la réalité, la reconnaissance ne se fait pas tout de suite. Il y a beaucoup de démarches à faire au niveau des ordres professionnels et des métiers réglementés.»
Pour cette raison, même si les immigrants économiques doivent arriver au pays avec assez d’argent pour subvenir aux besoins de leur famille, beaucoup d’immigrants font le choix de se trouver un travail d’urgence le temps de reprendre leurs études.
L’organisme aimerait d’ailleurs développer un service de jumelage ou de mentorat avec un professionnel du milieu d’expertise de l’immigrant pour aider à démystifier le milieu de travail. L’organisme travaille également sur un projet de jumelage linguistique en fonction de l’emploi.

Bonnes relations avec les entreprises
Les entreprises sont ouvertes, mais parfois craintives que l’intégration ne leur demande plus de travail. Maëlle Labiche rappelle pourtant qu’il y a beaucoup d’avantages à employer une personne immigrante, notant que la diversité culturelle amène de nouvelles idées et de façons de faire, en plus d’être assurément un atout en fait de service à la clientèle.
Pour les entreprises, elle rappelle d’ailleurs que plusieurs subventions sont disponibles, comme l’aide PRIIME (Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi), qui permet aux entreprises d’avoir une aide pour payer la formation de travailleurs immigrants dans son domaine de compétence ainsi une partie du salaire pendant la formation. Des aides sont aussi disponibles pour aider à la francisation au sein de l’entreprise.
Mme Labiche note cependant que les entreprises peinent parfois à lire un CV qui liste les compétences plutôt que les expériences d’emploi. C’est un obstacle à l’embauche de personnes immigrantes qui misent davantage sur leurs compétences que sur leurs expériences d’emploi pour se vendre à un employeur.

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