4 septembre 2019
Les élus se prononcent sur l’avenir des médias locaux
Par: Vincent Guilbault
Les élus se sont prononcés sur l'avenir des médias locaux comme L'Oeil Régional.
Photothèque | L'Oeil Régional

Les élus se sont prononcés sur l'avenir des médias locaux comme L'Oeil Régional. Photothèque | L'Oeil Régional

Depuis la sanction en 2018 de la Loi 122, les municipalités du Québec ne sont plus obligées de publier les avis publics dans les médias locaux. Ce changement a été décrié par le milieu du journalisme en raison de la perte de revenu lié à la publication des avis publics. L’Œil Régional n’a pas été épargné par cette nouvelle loi et, depuis son adoption, les municipalités de la région ont toutes cessé de publier leurs avis dans nos pages. Avec les problèmes récents de Groupe Capitales Média, L’ŒIL en a profité pour demander aux élus de la région leur opinion sur l’importance des médias locaux indépendants.

En entrevue, le maire de Mont-Saint-Hilaire, Yves Corriveau, reconnaît l’importance des médias locaux. « Ces médias doivent demeurer dans notre région. Oui, nous avons modifié nos avis publics, qui vont réduire nos coûts, mais nous nous sommes engagés à dépenser environ la même enveloppe dans L’Œil Régional par l’achat de publicité et [la publication] d’information. Nous sommes conscients que les municipalités de la région contribuent à la survie et au succès de L’Œil Régional. Il faut que tous les élus gardent en mémoire l’importance de maintenir en vie un journal local. »
Par contre, les Villes ne sont pas contraintes d’acheter de la publicité dans le journal, un fait que reconnaît l’élu. « Oui, avec un budget difficile, un nouveau conseil pourrait décider de couper dans les communications et de couper dans les dépenses pour le journal. Oui, on ne peut pas s’engager officiellement, mais j’ose espérer qu’en tout temps, les élus comprendront l’importance du journal local. »
En vacances, la mairesse de Belœil n’a pas été en mesure de nous rappeler. La conseillère municipale et mairesse suppléante Renée Trudel a toutefois accepté de répondre à nos questions. « C’est sûr qu’il y a un sentiment d’appartenance de la part des citoyens envers L’Œil Régional, même si tous ne le consultent plus dans le format papier. Mais la parution reste importante. »
Concernant les avis publics, que Belœil a choisi de retirer, la Ville a décidé de le faire à la suite d’une consultation publique sur l’information. Mais comme le journal reste très lu, selon elle, c’est pour cette raison que la Ville continue de prendre de la publicité dans le journal.
De son côté, le maire d’Otterburn Park, Denis Parent, justifie le retrait des avis publics pour une question d’économie. « Le règlement nous permet de les mettre sur le site web et notre babillard. Ce sont des économies qui sont appréciables pour une petite ville comme la nôtre. Avec le site web et le babillard, les gens peuvent obtenir leur information. »
Il ne pense pas toutefois que les Villes peuvent se passer d’un journal local. « Nous voulons aussi savoir ce qui se passe dans les autres villes de la Vallée-du-Richelieu. » Mais selon lui, la survie des médias locaux reste d’abord une responsabilité du gouvernement provincial, et non pas des municipalités.
De son côté, le député de Borduas, Simon Jolin-Barrette, a décliné notre demande d’entrevue puisque les consultations sur le sujet des médias locaux sont encore en cours, et comme le rapport n’a pas encore été déposé, son bureau préfère attendre avant d’aborder cette question, d’autant plus qu’elle ne relève pas de son ministère. Notons toutefois que M. Jolin-Barrette achète régulièrement de la publicité dans les pages de L’Œil Régional.
Rappelons qu’en campagne électorale, en novembre 2017, François Legault s’était engagé à étudier la possibilité d’invalider la Loi 122 qui a conféré plus d’autonomies aux municipalités en modifiant notamment les règles du jeu pour la tenue des référendums et les signatures de registre. Il était à l’époque accompagné de son candidat M. Jolin-Barrette.

Milieu d’affaires
Directrice de la chambre de commerce et d’industrie de la Vallée-du-Richelieu, Julie Larochelle dit avoir eu la discussion sur l’avenir des médias, dont L’ŒIL, avec le conseil d’administration de l’organisme. « La fermeture d’un journal, c’est préoccupant autant pour l’avenir des médias et les emplois, mais aussi pour la diffusion d’information locale », souligne-t-elle.
Selon elle, le milieu économique de la région pourrait donner son appui à un média comme L’Œil Régional, mais elle ne sait pas nécessairement la forme que prendrait cet appui. Ça pourrait partir du média lui-même et se traduire par une mobilisation du milieu : « Si le journal explique ses besoins, nous saurons peut-être comment l’aider. Comment peut-on travailler ensemble, se réunir localement? Aussi, peut-être lancer un appel à nos membres pour les inviter à soutenir le journal local, soutenir ceux qui s’annoncent aussi dans le journal », dit-elle, rappelant au passage que le journal est aussi une entreprise locale.
« Mais il ne faut pas perdre le journal, c’est une bonne façon de communiquer et de rejoindre nos entreprises et nos citoyens. Il est primordial que le journal local continue d’exister pour parler des enjeux de la région qui nous touchent, car dans le reste des médias du Québec, nous n’en parlons pas. Il faut être informés de ce qui se passe près de nous. »

Financement municipal
Questionnés sur la possibilité d’un financement public municipal, les trois élus ont sensiblement répondu qu’il pourrait être pertinent de se poser la question. La MRC de la Vallée-du-Richelieu subventionne déjà par exemple la télévision communautaire. « Est-ce que la MRC devrait se poser la question avec le journal s’il devait approcher de la fermeture? La Ville devrait l’envisager », admet M. Corriveau.
« Est-ce le rôle de la Ville d’intervenir? demande Mme Trudel. C’est une bonne question qui pourrait être soulevée. » Elle souligne toutefois que, comme dans le cas de La Presse, le financement d’un média local pourrait aussi se faire par une contribution volontaire.
De son côté, Denis Parent pense que les élus de la MRC se concerteraient si le journal devait par exemple fermer ses portes. « Ça nous prend encore de l’information. Peut-être que le modèle devrait aussi changer, comme l’ont fait des journaux comme La Presse. Mais il faudrait en discuter. Peut-être faudra-t-il un jour se tourner vers une aide de la MRC », souligne-t-il.

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