15 avril 2021
Les crises
Par: Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Une nouvelle en cache souvent une autre. Cette semaine, nous nous sommes entretenus avec le Grand Chevalier Claude Lebrun, qui annonçait que, malheureusement, les Chevaliers de Colomb ne pourraient pas tenir leur guignolée du printemps à cause de la COVID-19. Facile de comprendre les bénévoles qui craignent de cogner à la porte des gens pour aller recueillir des denrées ou de l’argent.

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Pour l’instant, difficile de dire si la cueillette sera reportée ou simplement annulée. La nouvelle fait mal, surtout que cette collecte du printemps permettait à l’organisme de renflouer son comptoir alimentaire pour venir en aide aux gens de Beloeil, McMasterville et Saint-Mathieu-de-Beloeil.

Oui, l’arrivée de la pandémie a eu un impact sur les demandes de dépannage alimentaire, confirme l’organisme. En fin d’année 2020, lorsque nous avons interrogé les deux autres banques alimentaires que sont le Centre d’action bénévole de la Vallée-du-Richelieu (CABVR) et le Grain d’Sel, les deux nous disaient craindre pour 2021 en raison de la pandémie.

Mais on oublie rapidement que cette deuxième guignolée n’a pas toujours existé. En fait, c’est très récent dans l’histoire des Chevaliers. Mais depuis quelques années, la froide vérité, c’est que la guignolée du temps des Fêtes ne suffit plus. Les organismes tentent de trouver d’autres solutions, comme de se tourner vers les écoles qui organisent des collectes de denrées.

En 2018, le CABVR et les Chevaliers nous disaient que les demandes d’aide alimentaire avaient bondi de 25 %. Parmi les demandeurs, les organismes notaient de plus en plus de personnes seules, ou monoparentales, et de jeunes familles à faible revenu. Certains ménages, dont les deux parents travaillent, n’arrivaient pas à joindre les deux bouts.

Oui, la population est généreuse. Mais il n’est pas normal qu’une famille avec deux salariés peine à finir le mois. J’y vois le signe d’un appauvrissement d’une certaine strate de la population. Et j’ai peur que cette strate s’étende.

J’utilise le mot « crises » au pluriel dans le titre de cette chronique. La crise alimentaire découle souvent d’autres crises, c’est-à-dire qu’on paye la bouffe avec ce qui reste d’argent après les autres dépenses. Et l’une des dépenses qui viennent de connaître un boum incroyable est celle liée à l’habitation. Nous aurons l’occasion dans nos pages dans les prochains jours de nous pencher un peu plus en profondeur sur lesujet. Mais même sans statistiques, il est possible de constater cette crise. Faites l’exercice; tentez de vous trouver un logement décent dans la région. Tentez d’acheter votre première maison.

J’ai vu jusqu’à 60 commentaires sous une publication Facebook de gens qui voulaient visiter un logement à louer à un prix décent. Vous avez même peut-être vu les reportages de gens en recherche d’un logement qui faisaient la file à l’extérieur d’un logement pour aller le visiter. Dans un village de la région, j’ai vu une propriétaire mettre à l’enchère la location de son logement, car elle croulait sous la demande. Un logement qu’elle affichait à 950 $, mais elle demandait aux visiteurs de soumettre le plus haut montant qu’ils pouvaient mettre, car l’un d’eux était prêt à le prendre à 1175 $.

Lorsqu’un locataire doit payer un logement au même montant qu’une hypothèque, il n’est pas difficile de s’imaginer que les locaux des comptoirs alimentaires se retrouvent avec plus de gens que de conserves à gérer. Va falloir se pencher sur le problème rapidement.

Pandémie ou pas.

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