27 février 2019
Recyclage et médias écrits
L’éditeur de L’Œil Régional dénonce une injustice
Par: L'Oeil Régional

Les médias imprimés du Québec ont fait front commun cette semaine pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une aberration et une injustice dans le fonctionnement du système de financement des coûts du recyclage du papier journal, un système qui met carrément en péril la survie de plusieurs publications.

Le propriétaire de DBC Communications et l’éditeur du journal, Benoit Chartier, est partie prenante de cette offensive qui vise à sensibiliser le gouvernement à cette question pour que Québec modifie rapidement et convenablement le système actuel.
« Notre industrie ne ressemble en rien à ce qu’elle était il y a quelques années, mais malheureusement, nous devons composer avec des règles strictes aux effets pernicieux qui n’ont pas évolué et qui rendent la vie impossible aux entreprises de presse qui sont de moins en moins nombreuses à se partager une facture qui est sans cesse croissante. La situation est devenue insoutenable », a commenté Benoit Chartier, qui occupe également la présidence de l’association Hebdos Québec. Cette association est membre du regroupement RecycleMédias, un OSBL qui représente plus de 149 membres, dont tous les hebdomadaires régionaux de DBC Communications.
Chiffres à l’appui, Benoit Chartier mentionne que la facture imposée aux journaux a augmenté de 950 % en moins de 10 ans, et ce, même s’ils ont réduit des deux tiers la quantité de papier utilisé. La Loi sur la qualité de l’environnement prévoit que ce sont les médias qui doivent assumer entièrement la facture de recyclage, une facture qui a littéralement explosé. La contribution au recyclage demandée aux médias a grimpé de 9 M$ depuis 2010 (+340 %), puisque le coût de traitement par tonne de papier journal est passé au cours de la même période de 23,03 $ à 241,92 $.
« Le gouvernement n’a d’autre choix que de profiter du prochain budget pour corriger la situation, car le temps presse. Ce n’est pas tant un soutien à la presse écrite que nous attendons de lui qu’un soutien concret à la vie démocratique et sociale de nos communautés respectives », conclut M. Chartier.
Au bénéfice de nos lecteurs, nous publions ici la lettre ouverte produite par RecyleMédias décrivant les grandes lignes de la situation actuelle.

 

Recyclage et presse écrite : point de rupture

Les Québécois le savent, la presse écrite traverse depuis un bon moment une importante zone de turbulences. Selon les chiffres mêmes du ministère de la Culture, un hebdomadaire sur quatre a cessé d’être publié depuis 2010… Or cette situation va s’aggraver sérieusement, à moins que la Loi sur la qualité de l’environnement ne soit amendée dès cette année et que le gouvernement n’accorde aux journaux la même protection culturelle que celle accordée aux livres.
Il y a urgence d’agir parce que les quotidiens et les hebdomadaires sont coincés dans un cercle vicieux en raison des obligations qui leur sont imposées en matière de financement du recyclage du papier journal :
* le nombre de médias d’information sur papier diminue chaque année;
*  le tonnage de papier journal produit par ces derniers diminue également;
*  de leur côté, les coûts annuels de recyclage augmentent dramatiquement
* conclusion : la facture de recyclage imposée à ceux qui restent explose.
Les chiffres sont éloquents. Il y a eu une réduction de 92 000 tonnes de papier journal produites entre 2010 et 2019 (-68 %). Mais la contribution au recyclage demandée aux médias a de son côté grimpé de 9 M$ pendant la même période (+340 %). Ainsi, le coût de traitement par tonne – qui était de 23,03 $ en 2010 – passe cette année à 241,92 $.
Il est vrai que le ministère des Finances a proposé un début de solution il y a deux ans. Or, si cette aide réduit légèrement le fardeau financier des médias imprimés, elle ne corrige en rien l’aberration du système actuel et ses effets pervers. De plus, il s’agit d’une aide temporaire face à un problème structurel qui s’amplifie d’année en année.
Dès le départ, il était inconcevable qu’on traite les vecteurs de démocratie et d’expression culturelle que sont les journaux de la même façon qu’une boîte de conserve ou une bouteille de plastique.
Les médias d’information contribuent directement à la vie démocratique et sociale de nos communautés et à leur vitalité. En conséquence, ils doivent bénéficier d’une protection culturelle analogue à celle du livre, car le système compensatoire auquel les journaux sont assujettis est en effet en voie de porter le coup de grâce à d’autres entreprises de presse. Dès son arrivée en poste, le gouvernement du premier ministre François Legault a démontré une grande sensibilité à l’égard de la situation difficile à laquelle sont confrontés les médias à la suite de la baisse dramatique des revenus publicitaires qui étaient à la base de leur modèle d’affaires. Il doit aujourd’hui convenir avec nous que le premier geste à poser est de sortir les journaux d’un système qui a des effets pervers contribuant à asphyxier financièrement la presse écrite. Et cette intervention doit être faite dès le prochain budget sinon d’autres communautés perdront leur média écrit.
Denis Tétreault, Directeur général
RecycleMédias

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