14 février 2020
Demande de démolition du 1660, rue Richelieu
Le propriétaire devra convaincre la Société d’histoire
Par: Sarah-Eve Charland
La maison au 1660, rue Richelieu fait l’objet d’une demande de démolition.
Photo Robert Gosselin | L’Œil Régional ©

La maison au 1660, rue Richelieu fait l’objet d’une demande de démolition. Photo Robert Gosselin | L’Œil Régional ©

Le bâtiment au 1660, rue Richelieu fait l’objet d’une troisième demande pour l’obtention d’un permis de démolition. Cette fois-ci, le comité de préservation du patrimoine bâti a plutôt lancé la balle dans le camp de la Société d’histoire et de généalogie de Belœil–Mont-Saint-Hilaire en suggérant au propriétaire de convaincre l’organisme.

Le nouveau propriétaire a déposé une troisième demande de démolition en septembre en remettant deux rapports au comité, soit un d’inspection et un autre de salubrité. La firme d’ingénieurs a été choisie par la Ville. Selon le procès verbal du comité, la firme Génifusion recommande la démolition du bâtiment.

Les membres du comité de préservation sont d’accord à l’unanimité, peut-on lire dans le procès-verbal, de suggérer au propriétaire de convaincre la Société d’histoire de la nécessité de démolir la propriété afin de présenter un projet de remplacement. S’il y a lieu, le projet de remplacement devra conserver la structure du bâtiment existant et ramener les éléments architecturaux patrimoniaux du bâtiment, ont exigé les membres du comité.

Rappelons qu’une première demande de démolition avait été refusée en juin 2018 après que la Ville ait reçu plusieurs lettres d’opposition. Une deuxième demande avait été déposée en avril 2019. À ce moment, le comité avait présenté une ouverture à un projet de démolition partielle qui correspondrait à la partie la plus récente (1920-1930) tout en conservant la partie ancienne. Le comité avait aussi démontré une ouverture à un déplacement du bâtiment.

« C’est toujours nous autres qui a l’odieux de dire qu’on accepte la démolition quand on ne peut rien faire. On lui a dit [au propriétaire] : vous avez un rapport, allez voir la Société d’histoire, montrez-leur le rapport et allez rendre compte de la désuétude du bâtiment. Ça ne sera pas nous qui porterons l’odieux encore une fois d’accepter ou non une démolition. Les promoteurs nous disent qu’ils n’ont pas le choix, qu’ils doivent démolir. Un instant, on a toujours le choix », affirme la mairesse de Belœil et membre du comité, Diane Lavoie.

Si le propriétaire ne réussit pas à convaincre la Société d’histoire, qu’adviendra-t-il? « On verra. Pour l’instant, la décision reste la même », répond Mme Lavoie.

Valeur historique
Le bâtiment est répertorié dans l’inventaire du patrimoine de la MRC de la Vallée-du-Richelieu. Cette maison était celle de Fugère-dit-Champagne, construite en 1840. Il s’agit de l’une des rares maisons de ferme toujours debout et en bon état sur le territoire de la Ville de Belœil, peut-on lire dans l’argumentaire de la Société d’histoire écrit en 2018 en réponse à la demande de démolition.

« C’est une ancienne maison de ferme en pièce sur pièce du XIXe siècle. […] Ce type de bâtiment est fort solide, malgré ce que dit la firme Génifusion. Tout propriétaire respectueux du patrimoine serait en mesure de rendre cette habitation dans son état d’origine. Le nouveau propriétaire désire la remplacer par quelque chose de neuf. Tant qu’à moi, je ne suis pas sûr qu’il réussirait à me convaincre de la faire démolir », affirme le président de la Société d’histoire, Alain Côté.

Même si le propriétaire réussit à faire autoriser un projet de remplacement ayant les mêmes traits architecturaux, le mal sera fait, selon M. Côté.

« Entre vous et moi, vous avez beau dire que c’est similaire, ça ne remplacera pas le bâtiment ancien. Si ça continue comme ça, tout ce qui est ancien va disparaître. C’est pour ça qu’on commence à monter aux barricades. »

En 2014, la Ville de Belœil a élaboré un règlement obligeant les propriétaires à entretenir leur bâtiment afin de préserver les bâtiments actuels.

« Je comprends que la Ville fait son possible pour protéger son patrimoine. On n’a qu’à regarder le Carré Saint-Jean-Baptiste et l’ancien IGA dans le Vieux-Belœil. Nous, ce qu’on dit, c’est que ça va défigurer le Vieux-Belœil. Je sais qu’il y a eu des cas où des gens bien intentionnés ont été en mesure d’investir du temps et de l’argent pour conserver le bâtiment. […] Je sais que la réglementation fait en sorte que la Ville peut exiger au propriétaire de remettre le bâtiment dans son état d’avant. La Ville ne mettra pas un inspecteur sur la route pour vérifier que les bâtiments sont bien entretenus. [La Ville] a de bonnes intentions, mais n’a pas nécessairement les moyens de ses ambitions. »

Le propriétaire du bâtiment est une compagnie à numéro. Son président Gaétan Lavoie ne sait pas encore ce qu’il fera avec la décision du comité de préservation du patrimoine bâti. « On n’a aucune décision prise. Je regarde les alternatives. Je dois convaincre la Société d’histoire, c’est ce qu’on m’a dit. Je regarde les possibilités. […] Le bâtiment n’est pas habitable. Il y a de la pourriture et de la moisissure. »

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